#276 Mohamed Lahna ūüá≤ūüᶠ: Ne rien l√Ęcher pour montrer l’exemple

Quand il √©tait enfant, il jouait souvent au foot dans le quartier. Mais il rentrait parfois en pleurs √† la maison car ses copains se moquaient de lui… Et pour cause, Mohamed Lahna est n√© sans f√©mur droit. Mais il a vite appris √† surmonter les d√©fis et aujourd’hui plus rien ne l’arr√™te. ūüĎä

Il d√©couvre le VTT avant de tomber dans le triathlon o√Ļ il arrive au plus haut niveau et d√©croche m√™me un podium √† Rio en 2016. ūüŹÜ

Mais ce n’est pas tout, il nous fait part de ses diff√©rents d√©fis sportifs comme la travers√©e du d√©troit de Gibraltar √† la nage, Kona ou encore le projet Lowest Highest qui a pour but de rejoindre le point le plus bas au point le plus haut de chaque continent (le tout √† une jambe). ūü§Į

Mohamed nous raconte l’histoire √©mouvante d’un petit gar√ßon n√© au Maroc sans f√©mur droit et qui est devenus un des meilleurs athl√®tes paralympiques au monde capable de surmonter tous les obstacles. ūüí™

Aujourd’hui, il a int√©gr√© l’√©quipe USA Triathlon en tant que triathl√®te professionnel. ūüáļūüáł

ūüĒé Retrouvez ce superbe √©change avec Mohamed qui est une fois de plus une belle le√ßon d’humilit√© et d’inspiration, et notre invit√© sur Instagram.

Bonne √©coute ! ūüéß

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Ce podcast, co-anim√© par Olivier DE SCHUTTER et Ermanno DI MICELI est propos√© par OHANA Triathlon , et vous accompagne dans votre d√©marche pour Devenir Triathl√®te ! ūüĖá N’oubliez pas de laisser une revue : https://ratethispodcast.com/ohana

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ūüďĚ La retranscription de l’√©pisode

Ermanno : Salut les sportifs c’est Ermanno et vous √©coutez un nouvel √©pisode du podcast devenir triathl√®te, √† mes c√īt√©s pour co-animer cet √©pisode : Olivier De Schutter, le fondateur de la marque Ohana, salut Olivier !¬†

Olivier : Salut Ermanno ! 

Ermanno : Cette semaine nous avons un super invité qui nous a été recommandé par Philippe Martin à savoir Mohamed Lana. Salut Mohamed  ! 

Mohamed : Salut Ermanno, salut Olivier !

Interviewer : Mohamed nous avons une tradition dans ce podcast : se consacrer les premi√®res minutes √† notre invit√© pour qu’il se pr√©sente. Donc dis-nous : qui est Mohamed Lahna, quel √Ęge as-tu, que fais-tu dans la vie, o√Ļ habites-tu et comment s’est pass√©e ta premi√®re rencontre avec le sport ?

Mohamed : Je m’appelle Mohamed, je suis n√© √† Casablanca, j’ai 39 ans, je suis n√© avec une malformation au niveau de ma jambe droite assez similaire √† une amputation f√©morale sauf que c’est un handicap de naissance. Au Maroc j’ai grandi avec tous les enfants en jouant au foot jusqu’√† l’√Ęge de 10-11 ans. Mon p√®re a fait connaissance avec un champion paralympique de natation, parce que mon p√®re est chauffeur de taxi. Au lieu de le ramener √† la natation, il l’a ramen√© √† la maison pour me voir. Je me rappelle bien de ce gars-l√†, il √©tait tr√®s grand avec des mains tr√®s grandes et tout, donc moi j’√©tais tr√®s timide √† l’√©poque et je voulais me cacher derri√®re ma m√®re. Il voulait me parler de ce qu’il faisait donc jusqu’√† maintenant il est le seul champion paralympique de natation au Maroc qui a une m√©daille paralympique. Puis il m’a ramen√© avec lui un jour dans ses s√©ances d’entra√ģnement et c’√©tait la premi√®re fois pour moi que je voyais une piscine et √† l’√©poque il s’entra√ģnait pour un √©v√©nement donc il m’a demand√© de m’asseoir au bord de la piscine et d’attendre qu’ils finissent ses entra√ģnements. Moi j’√©tais impressionn√©, c’√©tait la premi√®re fois que je voyais une piscine. Le ma√ģtre nageur √©tait pass√© √† c√īt√© de moi et m’a demand√© ¬ę¬†toi ! qu’est-ce que tu fais ici ? tu sais nager ?¬†¬Ľ, et j’ai dit ¬ę¬†oui je sais¬†¬Ľ, et il m’a dit ¬ę¬†montre-moi¬†¬Ľ. Et sans h√©sitation, je saute dans l’eau et je me retrouve tout en bas de la piscine. C’√©tait ma premi√®re exp√©rience avec la natation.

Olivier: Sauf que tu ne savais pas nager ?

Mohamed : Non, je n’étais jamais allé à la piscine.

Olivier: Et toi tu as saut√© √† l’eau, tu n’avais pas peur.

Mohamed:¬† J’avais peur qu’il me mette dehors donc c’est pour √ßa que j’ai dit ¬ę¬†oui je sais nager¬†¬Ľ. C’√©tait ma premi√®re exp√©rience, apr√®s √ßa j’avais envie d’apprendre √† nager. On avait une seule piscine √† Casablanca √† l’√©poque, c’√©tait difficile d’avoir des heures d’entra√ģnement et c’√©tait un peu cher pour mes parents aussi donc apr√®s une gal√®re pour aller √† la piscine j‚Äôy allais une fois par semaine pendant des ann√©es. Moi j’√©tais heureux avec √ßa parce que √ßa m’a permis d’apprendre √† nager, de participer √† des comp√©titions locales, mais c’√©tait pas assez pour progresser, pour apprendre √† nager, pour faire des comp√©titions de haut niveau, donc on a laiss√© tomber. Mes parents m’ont demand√© de me concentrer sur mes √©tudes donc apr√®s mon baccalaur√©at j’ai fait l’√©quivalent d’un BTS en France en art graphique et apr√®s j’ai commenc√© √† travailler dans une agence de communication au Maroc. Ma vie √©tait travail, maison, rien de sp√©cial. Puis mon p√®re a entendu parler d’un centre des anciens combattants de France √† Casablanca, un jour il m’a ramen√© l√†-bas car ils ont un service d’appareillage. Et puis par chance, par hasard, il y avait un stage d’apprentissage pour les proth√©sistes marocains par un proth√©siste fran√ßais qui s’appelle Jean-Luc Clemen√ßon, qui habite en Alsace. Il avait un stage, un raid VTT entre des amput√©s marocains et fran√ßais, et il m‚Äôa demand√© ‚Äúest-ce que tu as envie de participer ?‚ÄĚ Alors encore une fois j’avais jamais fait de v√©lo avant, mais j’ai dit ‚Äúok pourquoi pas‚ÄĚ. Apr√®s une ann√©e, on se retrouve √† la ligne de d√©part pour cette aventure, j’avais le v√©lo un mois avant le d√©part donc pour la premi√®re fois √† essayer d’apprendre. J’avais pas de casque ni de chaussure, rien, juste l’aventure. Et √ßa c’√©tait la premi√®re fois que j’ai appris √† faire du v√©lo et j’ai ador√© parce que tu sens le vent, tu commences √† bouger un peu rapidement, j’ai commenc√© √† faire un peu d’aventure. √Ä l’√©poque, il y avait un nouveau proth√©siste qui venait au Maroc qui venait de Toulouse, on est devenu tr√®s amis jusqu’√† maintenant. Lui il m’a ramen√© dans la for√™t √† c√īt√© pour apprendre et c’√©tait une belle exp√©rience pour moi. Ce raid-l√†¬† √©tait 500km de moyenne classe, cette exp√©rience-l√† c’√©tait pour moi une exp√©rience qui m’a ouvert les yeux : d’abord voir des amput√©s de France avec diff√©rentes amputations, tout le monde en short et bien √©quip√©s. Dans le c√īt√© marocain on est tous en pantalon pour cacher notre handicap, donc j’ai observ√© tout √ßa pour voir la diff√©rence. Et √ßa a commenc√© √† changer : √ßa c’est mon handicap, je vais vivre avec √ßa, je ne vais pas moi aussi le cacher. On a fait 500km, c’√©tait une magnifique exp√©rience, c’√©tait la premi√®re fois que je visitais l’Atlas, le Moyen Atlas, c’est la premi√®re fois que je visitais mon pays et il y avait un sens de libert√© que je n’avais jamais ressenti avant. Apr√®s on a √©t√© invit√© √† un autre raid dans les Vosges l’ann√©e suivante. C’√©tait aussi un truc de fou, j’ai ador√©, et c’est l√† o√Ļ j’ai un jour parl√© avec Jean-Luc Clemen√ßon, le proth√©siste, qui a aussi une organisation en France. On parlait d’autres participants et il m’a dit ‚Äúcelui-l√† fait du triathlon‚ÄĚ, et j’ai dit ¬ę¬†c’est quoi le triathlon ?¬†¬Ľ, et il m’a expliqu√© que c’√©tait natation, v√©lo et course.

Ermanno: Et je parierais que tu en avais jamais fait, et il t’a propos√© et t’as dit ¬ę¬†allez vas y c’est bon j’y vais¬†¬Ľ.

Mohamed : Hahahaha, non, presque, mais √† l’√©poque mon fran√ßais √©tait vraiment pas terrible et je lui ai demand√© d’√©crire le mot ‚Äútriathlon‚ÄĚ sur un bout de papier parce que pour moi c’√©tait un peu compliqu√©. J’ai pris le mot et quand je suis rentr√© chez moi je suis all√© chercher sur internet et j’ai commenc√© √† regarder qu’est-ce que le triathlon, les distances, Iron Man et tout √ßa, c’est beaucoup d’informations. Mais √† l’√©poque je faisais beaucoup de natation, j’avais un v√©lo mais mon proth√©siste et mon docteur m’ont dit que je ne pouvais pas courir. On a essay√© de trouver une chaise roulante et c’√©tait tr√®s cher, presque 3000$ pour acheter une chaise roulante de course, donc on a essay√© de trouver en France on a pas trouv√© c’√©tait impossible. C’est une longue histoire parce qu’on a fini avec mon ami Patrice √† fabriquer pendant un mois la nuit une chaise roulante de course. Et puis longue histoire j’ai pu commencer avec la chaise roulante, apr√®s j’ai commenc√© √† courir, puis j’ai quitt√© mon travail, je suis all√© en France pour vivre l√†-bas et m’entra√ģner, puis je suis all√© aux √Čtats-Unis en 2009. Depuis j’ai envie de faire toutes les distances, sprint, half Iron Man, Iron Man, etc… Et puis de me concentrer pour les jeux de Rio en 2016 et puis voil√†, on est l√†.

Mohamed : Wow, en quelques minutes tu nous as fait toute la pr√©sentation de Mohamed Lahna, il va falloir qu’on revienne beaucoup sur des √©tapes en arri√®re. D√©j√† tu nous a expliqu√© que tu jouais au foot avec des camarades malgr√© ton handicap, donc on le rappelle tu nous l’a dit, c’est un handicap naturel, c’est-√†-dire que tu n‚Äôas pas √©t√© amput√©n tu n‚Äôas pas eu un accident : tu es n√© comme √ßa. Comment est-ce qu’on fait pour jouer au foot quand il nous manque une jambe, la hanche, et autre ? Tu avais un pied par terre qui tapait dans le ballon et puis tu te d√©pla√ßais avec des b√©quilles ?

Mohamed : Quand j’√©tais petit, la diff√©rence entre mon pied et la jambe √©tait un peu courte, donc mon p√®re me ramenait chez le cordonnier et me mettait de la mousse pour faire l’√©quivalent. √Ä chaque fois que je grandissais il ajoutait une autre et de diff√©rentes couleurs : bleu, vert, √† certains moments je jouais avec √ßa c’√©tait comme une chaussure mais avec une √©paisseur. Mais apr√®s quelques ann√©es c’est devenu dangereux, √ßa se cassait tout le temps, j’ai chang√© de b√©quilles. Donc √† l’√©poque il m’avait ramen√© chez le menuisier qui m’a fait des b√©quilles en bois et je les cassais tout le temps et apr√®s il a trouv√© des b√©quilles en fer qui ne se cassaient pas, et l√† c’est rest√© pendant des ann√©es. On jouait avec les autres enfants. Dans mon quartier j’√©tais le seul avec les b√©quilles donc les autres avaient peur de moi parce qu’ils avaient peur que je leur fasse mal avec les b√©quilles, mais quand j’√©tais dans une √©cole avec des personnes avec d’autres handicaps on jouait tous au foot, c’√©tait magnifique.

Interviewer : De bons souvenirs. Du coup tu as fréquenté une école spécialisée pour les enfants handicapés ?

Mohamed Oui, en primaire.

Interviewer : Est-ce que justement, avoir √©t√© confront√© √† jouer au foot avec des valides puis apr√®s avoir plut√īt pratiqu√© du sport avec d’autres personnes handicap√©es √ßa t’a appris beaucoup de choses, tu √©tais peut-√™tre encore jeune mais, est-ce que √ßa fait m√Ľrir plus vite sur certains sujets et notamment l’acceptation de ton handicap ?

Mohamed : Je me rappelle bien que quand je jouais avec les enfants, m√™me de 10 √† 14 ans, parfois quand on perd un match ou que quelqu’un marque un but ou tu fais une mauvaise passe, les autres gamins insultent et parfois je pleurais √† cause de √ßa. Je rentrais √† la maison et ma m√®re, je me rappelle bien, ne me chouchoutait jamais. Elle ne me ramenait pas √† la maison, elle ne me d√©fendait pas, elle me poussait : ¬ę¬†reviens et d√©fends-toi !¬†¬Ľ. Donc √† chaque fois, elle me fermait la porte et me laissait g√©rer √ßa. Donc avec le temps j’ai commenc√© √† ignorer ce que les autres disaient, c’est une le√ßon qui est rest√©e avec moi toute ma vie.

Ermanno : Et du coup tu nous as dit qu’apr√®s tu avais d√©couvert la piscine gr√Ęce √† ce client de ton papa qu’il avait ramen√© dans sa voiture et au lieu de le ramener √† la piscine il l’a ramen√© chez toi. D√©j√† c’√©tait super sympa de la part de ce grand athl√®te, ce grand champion, de venir chez toi pour te rencontrer. Pourquoi √† ton avis est-ce qu’il y avait cette envie de partager entre une personne paralympique et puis quelqu’un qui peut-√™tre devrait accepter son handicap ? Ou peut-√™tre qu’il sentait sans m√™me t’avoir connu, peut-√™tre par rapport √† ce que racontait ton p√®re, qu’il y avait des capacit√©s en toi qui te permettraient de repr√©senter le Maroc dans les plus grandes instances internationales ?

Mohamed : Oui ce moment √©tait dingue, y’a pas d’explication c’est juste le destin, il y avait aucune raison. Mon p√®re a dit ‚Äúj’ai un enfant qui a 10 ans qui est n√© avec cet handicap‚ÄĚ, et lui je sais pas, c’√©tait un moment magique qui a chang√© ma vie. Le fait qu’il soit venu chez nous, qu’il m’ait ramen√© avec lui √† une s√©ance au dernier moment, je sais pas ce qui l’a pouss√© √† faire √ßa mais √ßa a chang√© la vie d’un athl√®te et d’une famille. Et je le garde toujours dans ma m√©moire quand quelqu’un me parle d’un autre enfant, je me rappelle de √ßa et j’essaie de faire de mon mieux pour connecter avec les autres. Je sais que √ßa a un impact parce que quand on ne voit pas on ne sait pas, √† l’√©poque je ne savais pas qu‚Äôil y avait une piscine au Maroc, je ne savais pas qu’il y avait un champion de natation. Donc avec le fait de le conna√ģtre en personne, tu commences √† y croire et √† te dire que c’est possible. C’est tr√®s fort et important, quand on ne voit pas, on ne touche pas les choses avec les mains, on n‚Äôy croit pas.

Olivier : Et √† quel moment tu t’ai dit : ‚Äúj’ai envie de faire de la comp√©tition et j’ai envie de gagner des courses‚ÄĚ ?

Mohamed : Apr√®s l’incident qui s’est pass√© dans la piscine, j’ai dit que j’avais envie d’apprendre √† nager. Mes parents n’avaient pas les moyens de payer l’abonnement et tout √ßa et √† l’√©poque j’√©tais √† l’√©cole primaire avec d’autres personnes avec des handicaps donc on est all√© voir une association. Cette association a un club de natation pour handisport mais c’√©tait que des adultes donc je me rappelle √™tre all√© parler avec l’entra√ģneur et elle m’a dit ‚Äúd√©sol√©, on a pas de programme pour les jeunes on a que les adultes, attend d’avoir 15-16 ans et apr√®s tu pourras nous rejoindre‚ÄĚ. Je me rappelle bien, j’√©tais √† l’ext√©rieur de l’organisation avec un autre ami et j’ai commenc√© √† pleurer pendant longtemps, puis l’entra√ģneur est venu me voir et m’a dit ¬ę¬†pourquoi tu pleures ?¬†¬Ľ, et j’ai dit ¬ę¬†j’ai envie de nager, j’ai envie blablabla¬†¬Ľ. Et elle m’a dit ‚Äúsi tu me ram√®nes cinq ou six personnes de ton √Ęge avec un handicap, je vais essayer de faire quelque chose pour vous‚ÄĚ. Donc on est rentr√© √† l’√©cole et on a demand√© √† la classe qui voulait apprendre √† nager et on a ramen√© je sais pas combien de personnes. Puis on a commenc√© ce programme avec eux, une fois par semaine. Apr√®s un mois tout le monde a quitt√© sauf moi. J’ai une photo o√Ļ j’√©tais le seul jeune avec cette √©quipe, une √©quipe magnifique.

-Ermanno : Et qu’est-ce qui fait que toi tu es rest√© ? Pourquoi les autres sont partis et toi tu es rest√© ?

Mohamed : Encore une fois j’ai vu ce champion paralympique et puis j’avais envie de nager. Une histoire marrante aussi, pour commencer √† nager on devait avoir la ceinture pour nous aider √† flotter donc l’entra√ģneur nous a demand√© d’acheter une bou√©e. √áa co√Ľtait √† l’√©poque 25‚ā¨ environ, et mon p√®re a pris longtemps pour avoir l’argent pour l’acheter. Le temps qu’il l’ach√®te, je rigole pas, j’ai appris √† nager. Je me suis senti tr√®s mal parce que mon p√®re a fait un √©norme effort pour l’acheter et je n‚Äôen avais plus besoin. J’ai beaucoup aim√© nager, j’attendais toute la semaine ce moment-l√† pour aller nager. √Ä l’√©poque, je prenais le bus moi-m√™me de l√† o√Ļ j’habitais jusqu’au centre de la ville pour aller nager chaque samedi √† 10h du matin. Je sais pas, moi j’aimais et apr√®s quand quand j’√©tais le seul √† venir pour les sessions, elle m’a mis avec les adultes et donc j’ai commenc√© √† nager avec eux. C’√©tait encore une autre le√ßon de vie parce que je voyais tous ces gens-l√† avec diff√©rents handicaps et puis c’√©taient comme des stars pour moi parce qu’ils allaient vite, ils √©taient tr√®s forts donc j’ai essay√© de nager avec eux, d’apprendre √† nager plus rapidement. Encore une fois, 1x par semaine c’√©tait pas assez mais c’est tout ce qu’on avait √† l’√©poque.

Olivier : Tu avais d√©j√† une proth√®se o√Ļ tu as appris √† nager sans proth√®se ?

Mohamed : On nage sans proth√®se mais √† l’√©poque j‚Äôavais une proth√®se artisanale. C’est-√†-dire que le pied √©tait fait en bois, en aluminium et en cuir. Il n’y avait pas de genou ni rien donc √ßa m’a permis de marcher. C’√©tait tr√®s lourd et le pied se cassait tout le temps parce que c’est fait de bois donc c’√©tait pas fait pour faire autre chose. √Ä l’√Ęge de 24 ans, on a fait ce stage au service des anciens combattants et c’est l√† o√Ļ j’ai eu ma premi√®re proth√®se avec articulation.

Ermanno :¬† Donc pendant quelques ann√©es tu as v√©cu sans ta proth√®se, fin sans une vraie proth√®se. Comment est-ce qu’on apprend √† nager justement quand on a un handicap ? Alors forc√©ment tu vas me dire que tu n‚Äôes pas valide donc tu ne sais pas par rapport √† un invalide, mais est-ce qu’on apprend d’abord √† flotter ? Est-ce qu’on apprend d’abord √† tirer avec les bras ? Est-ce qu’on apprend √† nager avec une jambe ? Comment se passent les cours de natation quand on veut apprendre √† nager et qu’on est justement une personne handicap√©e ?

Mohamed : √áa d√©pend du handicap, moi j’ai une jambe qui marche donc c’est assez similaire √† quelqu’un qui a deux jambes. √Ä l’√©poque je faisais beaucoup d’efforts avec mes bras pour compenser, je n‚Äôutilisais pas ma jambe. On peut nager juste avec les bras.

Ermanno : En soit c’est ce que la plupart des triathl√®tes font, finalement.

Mohamed : Mais pas contre si tu es paraplégique tu as du poids que tu dois tirer.

Ermanno : Oui bah c’est-√†-dire que tu fasses plus, tes jambes coulent.¬†

Mohamed : Oui c’est aussi un obstacle, donc pour un parapl√©gique c’est bien de nager dans la piscine avec une bou√©e avec des pinces juste au niveau des jambes pour aider. Pour moi c’√©tait pas un probl√®me, pour moi c‚Äô√©tait d’avoir une piscine. Si on parle maintenant de natation, je nage de mani√®re horrible, je n’ai pas une bonne technique, mon probl√®me c’est l’√©quilibre. Avec deux jambes tu cr√©es un certain √©quilibre et avec une seule c’est diff√©rent.¬†

Ermanno : Tu dois rectifier et compenser √† chaque fois. J’imagine que tu as un bras plus fort que l’autre au final.

Mohamed : Donc voil√† c’est juste qu’on s’adapte, en sport on s’adapte tout le temps, en natation, v√©lo, course √† pied, on fait beaucoup d’adaptation pour y arriver.

Ermanno : Et à ce moment-là quand tu étais à fond dans la natation, enfin en tout cas tu en faisais au maximum dans la mesure du possible, à ce moment-là tu faisais des courses ? Tu avais envie de faire de la compète ?

Mohamed : Oui au Maroc, on faisait le championnat du Maroc mais c‚Äôest rest√© l√† parce que encore une fois le niveau √©tait pas tr√®s haut, apr√®s 3-4 ans je gagnais tout le temps mais je savais que j’√©tais loin du niveau international. C‚Äô√©tait pas quelque chose dont j’√©tais vraiment fier, √ßa ne refl√®te pas le potentiel, d‚Äôabord je pense que je peux faire bien mais aussi je sais qu‚Äôau niveau international c’√©tait tr√®s loin. √Ä l’√©poque je faisais 50 m√®tres en 1,19 et ma cat√©gorie dans les Jeux paralympiques natation ils faisaient 54-55, c’est √©norme. Il n’y avait pas moyen de faire de la comp√©tition internationale.

Olivier : Et √† ce moment-l√† est-ce que toi tu avais besoin de faire plus de renforcement musculaire du coup ? Pour justement compenser ou quoi, c’√©tait quelque chose que tu faisais √† c√īt√© de la natation ?

Mohamed : Non, √† l’√©poque c’√©tait juste une fois par semaine c’est tout, rien d’autre. Quand j’√©tais au lyc√©e et que j’ai commenc√© le travail, j’y √©tais qu’une fois par semaine, on a gard√© √ßa comme un club pour les amis, on faisait les comp√©titions au Maroc mais c’√©tait juste pour se voir. C’est devenu un √©v√©nement social avec le temps puisqu’on gagnait chaque ann√©e.¬†

Ermanno : √Ä Casablanca tu disais que tu n’avais qu’un seul cr√©neau en piscine mais si je ne m’abuse c’est au bord de la mer, vous pouviez pas aller faire des sessions en mer ?

Mohamed : Oui, √ßa c’est int√©ressant et c’est une autre histoire. √Ä Casablanca il y a un endroit √† c√īt√© de la grande mosqu√©e, dont j’avais pas connaissance c’√©tait un endroit secret, seulement les gens du quartier le savaient. C’√©tait comme une piscine quand il y a la mar√©e basse, je savais pas qu’il y avait des endroits √† Casablanca o√Ļ on pouvait nager sans danger. Apr√®s quand j’ai commenc√© le triathlon et aussi j’avais un projet de faire la travers√©e de Gibraltar, j’ai commenc√© √† faire beaucoup de s√©ances. D’ailleurs √† l’√©poque je travaillais dans une agence de communication avec un ami qui s’appelle Patrice qui travaillait aussi comme proth√©siste dans le service. On y allait avant le travail √† 6h du matin, on allait nager et pour finir on allait prendre tous les deux un McDonald’s sur la plage et il y avait le gars qui arrosait les fleurs avec son tuyau et me donnait une douche, et apr√®s on allait au travail directement. Et √ßa c’√©tait quand je me pr√©parais pour la travers√©e de Gibraltar, deux fois par semaine tranquillement et c’√©tait magnifique.

Ermanno : Pour revenir √† tes ann√©es o√Ļ tu √©tais plut√īt nageur en piscine pour le coup, tu nous as dit apr√®s que comme tu n’avais pas assez de cr√©neaux et tu avais pas forc√©ment de grandes ambitions internationales et donc tes parents t’ont demand√© de te concentrer sur tes √©tudes, ce que tu as fait, est-ce que du coup tu as un peu laiss√© le sport de c√īt√© ou tu as continu√© √† pratiquer mais vraiment en mode de loisirs avant d’avoir une deuxi√®me rencontre avec le sport ?

Mohamed : Une fois par semaine, et j’ai r√©ussi √† en avoir trois fois par semaine. Avec un ami on voulait nager plus, donc on est all√© voir le directeur de la piscine pour demander si on pouvait avoir plus, parce qu’elle √©tait semi-publique, c’√©tait pas 100% priv√© donc on a appris qu’on pouvait essayer d’avoir un peu plus de cr√©neaux mais c’√©tait difficile avec l’√©cole donc c’est revenue encore juste les samedis. Donc j’ai laiss√©, j’ai eu mon bac et puis je suis all√© la premi√®re fois √† l’universit√© √† Center, et j’ai pas aim√© du tout. Il y avait pas de possibilit√© pour moi de continuer et je pouvais pas dire √† mes parents que je voulais pas aller √† l’universit√©. Je sais plus comment j’ai pu avoir 1800 dirhams pour un abonnement annuel √† la piscine : c’est libre tu vas nager √† n’importe quel moment de la journ√©e, n’importe quelle heure et tous les jours, donc au lieu d’aller √† l’universit√© j’allais √† la piscine pendant une ann√©e. Mes parents savaient pas, je prenais mon sac et au lieu d’aller √† l’universit√© j’allais √† la piscine passer la journ√©e l√†-bas.

Olivier : Et tu nageais toute la journée du coup ? Et tu faisais combien par jour ?

Mohamed : Presque entre 3 et 4 km par jour mais faute de moyens, faute d’encadrement, j’avais pas d’entra√ģneur, je nageais tout seul je faisais juste des kilom√®tres et des kilom√®tres et des kilom√®tres. J’ai progress√© un peu avant la fin de l’ann√©e, je pensais que j’allais devenir un champion paralympique mais c’√©tait pas le cas haha.¬†

Ermanno : Est-ce que maintenant tes parents savent que tu as pas √©t√© √† l’universit√© parce que du coup si c’est pas le cas il ne faut pas qu’ils √©coutent le podcast.¬†

Mohamed : Ah oui oui maintenant ils le savent mais √† l’√©poque ils le savaient pas, cette ann√©e-l√† c’√©tait une ann√©e magique pour moi, je faisais exactement ce que j’avais envie de faire. Je sais pas combien j’ai gagn√© au 50 et 100 m√®tres de nage libre mais c’√©tait pas vraiment √©norme. Donc apr√®s cette ann√©e j’ai dit √† mes parents ce qu’il s’√©tait pass√© et puis apr√®s j’ai fait une candidature √† l’√©cole d’art graphique et quand j’ai √©t√© accept√© j’ai dit √† mes parents que j’allais faire √ßa au lieu d’aller √† l’universit√©. Et √ßa c’√©tait une bonne d√©cision pour moi parce que c’√©tait plus pratique, c’√©tait un BTS qui me permettait de travailler avec l’organisation pour personnes handicap√©es que je repr√©sente. J’avais la chance de faire du travail en infographie donc pour moi je vais √† l’√©cole et je fais des heures de b√©n√©volat √† l’association. Il y avait un √©v√©nement comme une conf√©rence nationale pendant l’√©cole j’avais fait toutes les affiches, toute la documentation, la cr√©ation de √ßa. Et gr√Ęce √† ce projet-l√† j’ai trouv√© un travail, quelqu’un a vu ce que j’ai fait et il m’a trouv√© un travail directement dans une agence de communication et c’√©tait parfait pour moi. Juste apr√®s l’√©cole j’ai commenc√© le travail c’√©tait bien, et pendant que je travaillais √† cette agence de communication, mon p√®re √† fait connaissance du service des anciens combattants.

Olivier : Et c’est l√† que tu as commenc√© le VTT, encore plus technique que le v√©lo.

Mohamed : J’ai eu ma premi√®re vraie proth√®se et √ßa m’a ouvert la porte pour faire du v√©lo. Mon proth√©siste et ami Patrice est toujours au Maroc, on est de tr√®s bons amis presque chaque vendredi on mettait le vtt, le camping, les tentes tout √ßa et on allait faire un week end de VTT et de camping, et on a fait √ßa pendant des ann√©es, c’√©tait magnifique.¬†

Ermanno : Mais ils t’ont dit quoi tes parents du fait que tu √©tais all√© √† la piscine pendant un an au lieu d’aller √† l’universit√© ? Ils te disent quoi ? √áa se passe comment ?

Mohamed : Mes parents √©taient tr√®s stricts avec l’√©cole, mais j’avais eu un poste r√©cemment que mon p√®re et ma m√®re ne pouvaient pas lire parce que mes parents ne savaient ni lire ni √©crire, ma m√®re n’√©tait jamais all√©e √† l’√©cole, elle a commenc√© cette ann√©e. Donc vu qu’√† l’√©poque ils ne savaient ni lire ni √©crire c’√©tait facile pour moi de rater l’√©cole pour aller nager. Donc quand je leur ai dit que j’√©tais pas all√© √† l’√©cole je leur ai dit que j’avais √©t√© accept√© dans le centre d’art graphique donc pour eux le fait que j’avais d√©j√† un plan √ßa leur a r√©duit le probl√®me.

Olivier : La pilule √©tait plus facile √† avaler. C’est ce qu’on appelle la technique du sandwich en n√©gociation, tu donnes une bonne nouvelle, tu donnes une mauvaise nouvelle puis tu redonnes une bonne nouvelle et √ßa passe. Et donc du coup tu apprends √† rouler √† v√©lo, j’imagine que tu as d√Ľ te faire quelques belles gamelles au d√©but √† VTT donc tu prends go√Ľt et tu fais √ßa tous les weekends pendant quelques ann√©es, puis tu fais des comp√®tes en France aussi. √Ä quel moment est-ce que tu passes triathl√®te ? Tu as quel √Ęge √† ce moment-l√† ?¬†

Mohamed : J’ai commenc√© le v√©lo √† 24 ans, j’ai pas vraiment fait de courses. La seule course que j’ai faite c’√©tait une course de VTT au Maroc, elle s’appelle √† l’√©poque la Marrakech Trophique, c’√©tait 3 jours en quatre √©tapes, c’√©tait magnifique. Mais √† part √ßa j’ai jamais fait de courses, on faisait des √©v√©nements. Donc 2005 on a fait le raid au Maroc et en France, en 2007 j’avais envie de faire Casablanca jusqu’√† aller en France en v√©lo.

Ermanno : Il faudra que tu m’expliques comment tu p√©dales sur la m√®re quand m√™me.

Mohamed : Hahaha, le projet c’√©tait de faire Casablanca et rouler √† Tanger, prendre le bateau et apr√®s faire l’Espagne, puis de la France jusqu’√† Nancy. Et¬† un ami √† moi m’a presque fait toutes les √©tapes en Espagne et en France, malheureusement j’ai pas eu le visa pour aller en Europe, m√™me si j’y avais d√©j√† voyag√© l’Espagne voulait pas me donner le visa, la France voulait pas me donner le visa parce que c’√©tait un voyage en v√©lo, il y avait pas de d’h√ītel. Donc pour moi c’√©tait un moment triste parce qu’√† l’√©poque j’avais commenc√© √† avoir cette routine, chaque chaque √©t√© j’avais un projet : le premier raid au Maroc, le deuxi√®me raid en France et l√† c’est un projet qui √©tait un peu plus grand. Mais malheureusement √ßa n’a pas march√© donc j’avais pas le visa et j’avais d√©j√† pris un mois et demi de vacances √† mon travail donc au lieu de juste revenir au travail j’ai pris mon petit fr√®re et on a achet√© un v√©lo et on a fait un voyage au sud du Maroc, c’√©tait pas la m√™me chose mais on a fait quelque chose de diff√©rent et √ßa m’a permis de passer du temps avec mon fr√®re.

Olivier : Hyper cool. Et le triathlon alors ça démarre quand ?

Mohamed : Donc 2006 c’est l√† o√Ļ j’ai appris le mot triathlon et puis avec mon proth√©siste on essayait de trouver une solution pour la course √† pied. √Ä l’√©poque la possibilit√© de courir avec la proth√®se c’√©tait pas possible, donc on a travaill√© sur l’option d’avoir un fauteuil roulant de course.

Olivier : Tu disais que c’√©tait pas possible parce qu’√† l’√©poque t√©chnologiquement √ßa existait pas ou bien c’√©tait hors budget ? C’√©tait quoi le frein ?

Mohamed : Non, c’√©tait pas possible parce que mon docteur dit que c’est dangereux pour moi. Donc on a pris ce qu’ils ont dit et on a suivi l’option d’un fauteuil roulant et √ßa a pris 1 an et demi – 2 ans de recherche sans r√©sultat et apr√®s mon ami Patrice m’a dit : ‚Äúpourquoi pas le fabriquer nous-m√™me ?‚ÄĚ. Pour moi un fauteuil roulant c’est sophistiqu√©, c’est rapide, c’est a√©rodynamique tout √ßa. Comment on va faire √ßa ? Mais parce qu’il voulait m’aider il a dit pourquoi pas essayer, donc chaque chaque jour on se retrouvait dans son atelier apr√®s 18h, on avait trouv√© un mod√®le, on avait achet√© des mat√©riaux en fer, des roues et tout √ßa, et apr√®s un mois de travail j’ai appris la soudure dans ce process. On a fabriqu√© un fauteuil roulant en acier c’√©tait tr√®s lourd, c’est comme si tu faisais de la musculation avec un fauteuil. Mais √ßa a march√©.

Olivier : Il pesait combien le fauteuil ?

Mohamed : Je sais plus combien haha, c’√©tait vraiment trop lourd. Je me rappelle qu’il y avait une petite pente l√† o√Ļ on a essay√© de pratiquer et c’√©tait tr√®s difficile de le pousser. √áa c’√©tait une le√ßon de vie pour moi parce qu’au lieu d’attendre que les choses tombent du ciel il faut faire quelque chose, il faut faire un pas, m√™me si c’est pas parfait, m√™me si c’est pas ce qu’on voulait, ce qu’on imaginait, c’est bien de faire ce premier pas. Cette le√ßon de vie c’est inoubliable quoi, pour moi c’est encore une fois 1 mois de travail, puis √ßa se concr√©tise, et √ßa marche m√™me si c’est pas parfait, mais √ßa marche je peux faire du triathlon maintenant. Donc √ßa ouvre beaucoup de possibilit√©s, donc j’ai commenc√© √† faire des entra√ģnements une √† deux fois par semaine. Mais apr√®s deux-trois mois, il y a quelqu’un qui m‚Äôa vu avec ce fauteuil roulant, qui entendait des histoires √† travers mon proth√©siste. Ce monsieur-l√† m‚Äôa permis d‚Äôavoir un vrai fauteuil roulant de sport. Donc il faut pas se faire des obstacles, il faut essayer de trouver une solution, que ce soit n’importe quoi. Donc au final √ßa a pris 3 ans pour faire ce fauteuil, et j’ai commenc√© √† faire du triathlon. J’ai fait mon premier triathlon en Tunisie apr√®s en France √† La Fert√©-Bernard.

Ermanno : Wouah, c’est magnifique La Fert√©-Bernard, √ßa me rappelle beaucoup de souvenirs.

Mohamed¬† : C’√©tait mon 1er triathlon en France, je voulais faire un √©v√©nement international et me classifier sauf qu’on m’a dit ¬ę¬†tu peux pas utiliser le fauteuil roulant si tu utilises un v√©lo normal, tu dois courir¬†¬Ľ.

Ermanno : Oui en fait le truc c’est qu’il y a des cat√©gories, et √ßa il faudrait peut-√™tre le pr√©ciser. Tu peux nous rappeler les diff√©rentes cat√©gories ?

Mohamed : √áa a chang√© mais la premi√®re cat√©gorie c’est le fauteuil roulant, elle est presque d√©finie par l’√©quipement. La deuxi√®me cat√©gorie c’est celle dans laquelle je suis, c’est en g√©n√©ral celles et ceux qui ont une amputation f√©morale, mais il ya d’autres cat√©gories avec d’autres handicaps et maladies nerveuses : PTS3 et PTS4 sont tibiales, et la diff√©rence c’est si il y a d’autres handicaps qui y sont associ√©s ; PTS5 ce sont les amput√©s des bras ou des mains ; et enfin PTS6 sont les malvoyants. Je connaissais pas exactement les cat√©gories et je devais aller faire un Budapest en 2011 donc j’ai fait la course √† pied en b√©quilles, donc le point que j’ai envie de faire c’est que : 3 ans de gal√®res avec le fauteuil roulant mais mon but √©tait d’aller faire des courses internationales en triathlon mais il fallait encore une fois s’adapter. J’avais donn√© le fauteuil roulant √† quelqu’un au Maroc et j’ai commenc√© √† faire les courses en b√©quille jusqu’en 2009 o√Ļ je suis all√© aux USA pour un stage d’entra√ģnement, et l√† je rencontre quelqu’un √† qui est tr√®s connu. C’√©tait la premi√®re femme amput√©e qui a fait un Iron Man, et je parlais avec elle ¬ę¬†j’ai cette condition qui s’appelle FFD et les docteurs m’ont dit que je peux pas courir¬†¬Ľ et elle m’a expliqu√© comment elle aurait fait si elle avait la m√™me condition. Je me rends compte que je peux courir avec une proth√®se. 2012, j’ai eu ma premi√®re proth√®se en course √† pied, j’ai commenc√© √† apprendre √† courir pour la premi√®re fois et c’est l√† que c’est marrant parce que ces 6 ann√©es j’√©tais actif, je faisais du v√©lo, j’ai fait quelques triathlon et quand j’ai commenc√© √† courir c’est comme si je n’avais jamais fait de sport. C’√©tait trop difficile pour moi de courir, je faisais 50m ou 100m et je devais m’arr√™ter, c’√©tait trop difficile. Je me suis presque dit que j’allais tout arr√™ter, que √ßa n’en valait pas le co√Ľt. Il y avait beaucoup de blessures, c’√©tait difficile d’apprendre √† courir √† 25 ans / 26 ans, mais apr√®s beaucoup de temps j’ai commenc√© √† faire 5 km sans m’arr√™ter mais si √ßa m’a pris 40 minutes pour faire 5km, c’√©tait tr√®s difficile √† cet √Ęge-l√†. Mais bon le but c’√©tait de faire du triathlon international, et apprendre √† courir √ßa ralentit le projet.¬†

Olivier : Et tu √©tais coach√© √† l’√©poque ?

Mohamed : Non

Ermanno : Tu faisais tout √ßa tout seul, c’est dingue ! Parce que tu parlais tout √† l’heure de Gibraltar mais c’est arriv√© quand √ßa ?

Mohamed : La travers√©e de Gibraltar, c’√©tait quelque chose que j’avais envie de faire depuis d√©j√† bien longtemps et apr√®s le stage d’entra√ģnement que j’ai fait aux √Čtats-Unis? Donc je l‚Äôai fait et j’ai beaucoup aim√©, j’ai appris beaucoup de choses en triathlon. Et puis je suis rentr√© chez moi et j’ai dit avant d’aller plus loin je dois faire ce projet de Gibraltar. La chose qui √©tait tr√®s difficile c’√©tait de faire le premier pas officiel, c’est-√†-dire tu t’inscris tu commences le process officiel ; de faire le pas qui fait que tu peux pas reculer. Donc quand je suis rentr√© je l’ai dit √† quelques amis et j’ai commenc√© √† contacter l’organisation en Espagne pour faciliter le projet. C’est un projet qui est tr√®s compliqu√©, tu dois avoir une autorisation du Maroc, de l’Espagne, de la gendarmerie etc et pour moi de commencer ce process c’est comme si je pouvais pas revenir en arri√®re. Donc √ßa c’√©tait le plus difficile pour moi, apr√®s c’√©tait juste un entra√ģnement normal : beaucoup de nage et d’endurance. D’ailleurs je me rappelle qu‚Äôon √©tait all√© en Espagne avec ma femme √† l’√©poque, la travers√©e √©tait planifi√©e la veille o√Ļ l’Espagne a gagn√© la Coupe du Monde 2010. On √©tait √† Tarifa et moi j’essayais de dormir il √©tait 4 heures du matin mais c’√©tait la f√™te, j’arrivais pas √† dormir.¬†

Olivier : Je comprends, j’étais en Espagne aussi à ce moment-là, je me souviens bien c’était assez bruyant haha.

Ermanno : Parce que la travers√©e de Gibraltar c’est de l’Espagne vers le Maroc, c’est pas du Maroc vers l’Espagne ?

Mohamed : Oui. C’est de l’Espagne vers le Maroc.

Olivier : Et en fait si je me trompe pas c’est parce que c’est une O.N.G. sur place qui s’occupe de donner les permis etc… Ce sont eux qui g√®rent les travers√©es.

Mohamed : Tu peux faire la travers√©e du Maroc √† l’Espagne √† travers eux, tu vas en Espagne et ils t’emm√®nent au Maroc puis tu reviens en Espagne. Celui qui a organis√© √ßa a recommand√© de le faire parce que c’√©tait plus facile √† l’√©poque avec les courants, tu avais plus de chance de finir qu‚Äôen faisant de l’autre c√īt√©. Il y a des gens qui font de l’autre c√īt√©, des gens qui font aller-retour, il y a de tout dans ce monde-l√†, il y a des nageurs qui sont tr√®s rapides.

Olivier : Combien de temps de préparation pour Gibraltar ?

Mohamed : √áa m’a pris la saison : 8 mois – 10 mois de natation. Pour revenir √† mon histoire, avec ma femme on arrivait pas √† dormir mais je lui ai dit √ßa √ßa arrive seulement une fois tous les quatre ans donc on est sorti avec les gens et on a c√©l√©brer avec eux la victoire, et on a pas dormi on est directement all√© √† la nage. C’√©tait tr√®s sp√©cial.

Ermanno : Pour rappel, la travers√©e c’est 14 km ? Avec les courants tu mets peut-√™tre un peu plus¬†

Mohamed : 14,9 pour moi oui, tu fais jamais ligne droite avec les courants. En fait les gens ont beaucoup d’exp√©rience, si tu es un nageur tr√®s fort, tu y arrives, mais si t‚Äôes un nageur qui est un peu lent tu vas souffrir des courants, te retrouver √† l’int√©rieur et devoir revenir, c’est un bazar. Si tu es fort, le S va √™tre moi visible, mais si tu es comme moi √ßa va √™tre beaucoup.

Olivier : C’√©tait ma question du coup, toi tu as fait plut√īt un S ou un L ?¬†

Mohamed : Un S oui.

Ermanno : Tu as mis combien de temps du coup pour ces presque 15 km de natation ?

Mohamed : √áa m’a pris 80,26. √áa m’est arriv√© seulement deux fois, mais pour √ßa j’ai vomi au milieu de la travers√©e. Et apr√®s avoir vomi, je me suis senti tr√®s bien.¬†

Ermanno : Tu m’√©tonnes, si tu as fait la f√™te la veille pendant toute la nuit et que t’as pas dormi…

Mohamed : Hahaha, je sais pas si c’est √† cause de √ßa mais j’ai re-vomis encore deux fois pendant la course √† pied et je me sentais bien apr√®s et j’ai fais le triathlon impeccable.¬†

Ermanno : Je voudrais juste pr√©ciser quand m√™me pour ceux qui ont pas forc√©ment en t√™te, quand tu me dis que tu as mis 4h30 pour faire 15 km de natation, en moyenne le gros du paquet sur Iron Man c’est 3,8 km et on est entre 1h et 1h10 donc en gros pour faire 15 km : c’est 4 fois et demi d’Iron Man et tu fais √† peine quatre fois le temps sur iron. Donc c’est pour dire que pour quelqu’un qui a appris √† nager assez tard, tu as quand m√™me vachement bien progress√©.

Mohamed : Oui oui c’est le pour moi, mais c’est relatif. J’√©tais tr√®s content de finir. En m√™me temps que j’ai commenc√©, il y avait une autre fille qui avait commenc√©, on a commenc√© en m√™me temps : tu vois 2 nageurs qui commencent, 2 bateaux, et tu vois tu quand j’√©tais √† mi-chemin elle avait d√©j√† fini, je voyais le bateau qui revenait.¬†

Olivier : Ça doit mettre un petit coup sur la tête quand même.

Mohamed : Ouais mais j’√©tais tr√®s tr√®s heureux quand m√™me.¬†

Ermanno : Bon alors et une fois que tu as fait cette travers√©e Gibraltar, c’est l√† que tu t’es dit ¬ę¬†bon all√© c’est bon, j’ai fait cette travers√©e de Gibraltar, m√™me si j’ai d√©couvert triathlon je voulais faire cette travers√©e je l’ai faite, maintenant √† 200 % dans le triathlon‚ÄĚ ?

Mohamed : Heu, presque. Le but c’√©tait le triathlon, mais j’avais toujours ce projet √† c√īt√© que j’ai : course de VTT etc, qui reste en lien avec le triathlon. Mais aussi quand j’ai appris √† courir en 2011 au Maroc, il y avait cette course qui s’appelle le Marathon des Sables, pour moi c’est une course que chaque ann√©e on regardait √† la t√©l√© au Maroc, mais √ßa m’a jamais travers√© l’esprit de le faire, mais c’√©tait dans ma t√™te. Et quand j’ai commenc√© √† faire de la course √† pied avec ma proth√®se, cette id√©e de faire le Marathon des Sables commen√ßait √† grandir. Le projet a commenc√© en 2012, je me suis dit je vais faire le Marathon des Sables. D√©j√† on courait dans le sable avec la lame, c’est tr√®s difficile parce que j’ai essay√© de faire des courses sur la plage et c’√©tait tr√®s mis√©rable, mais le faire avec du poids c’est encore pire. Ma femme est ing√©nieur m√©canique et m’a aid√© √† cr√©er cette pi√®ce qui aide √† flotter un peu sur le sable au lieu de s’enfoncer. Donc on a fait cette pi√®ce qui est facile √† enlever, on la mettait quand il y avait du sable puis on l’enlevait. Quand on a fabriqu√© cette pi√®ce, je me suis dit que j’√©tais pr√™t. J’avais fait quelques s√©ances avec le sac √† dos et tout √ßa, mais j’avais jamais fait de marathon. Le premier jour il y avait rien de risqu√©, j’ai fini 102 donc 4 km dans la course, j’√©tais presque le dernier et encore une fois je commence √† pleurer comme un b√©b√©. J’ai √©norm√©ment sous-estim√© cette course, on √©tait m√™me pas au premier check-point (CP). Heureusement que j’avais ramen√© les b√©quilles avec moi si jamais il y avait un probl√®me avec ma proth√®se. Je sors les b√©quilles, je me dis que je vais essayer d’aller au premier check-point pour au moins avoir quelque chose. J’arrivais pas aller trop vite mais j’allais quand m√™me un peu plus vite que ce que je faisais avec la lame. Parce que pour courir avec la lame c‚Äôest que je n’ai pas de genou sur la lame, je dois lever ma hanche tr√®s haut. Vu que c’est pas une surface goudronn√©e, que ce n’est pas une surface plate.

Ermanno : C’est pas lisse en fait c’est pas homog√®ne. Des fois √ßa descend, des fois √ßa remonte, puis tu as des petites butes de sable sur lesquelles il faut que tu passes avec la lame…

Mohamed : Voil√† donc pour ne pas tomber il faut que je l√®ve ma jambe droite tr√®s haut. Donc c’√©tait √©puisant.¬†

Olivier : Mais c’√©tait moins fatiguant aussi certainement.

Mohamed : Oui c’√©tait moins fatiguant mais des ampoules se sont faites tr√®s rapidement parce que je n’avais pas de gants. Je suis arriv√© au premier check-point et j’ai m√™me d√©pass√© une personne, et je prends de l’eau et quelqu’un vient me dire ¬ę¬†tu as essay√© c’√©tait tr√®s courageux blablabla¬†¬Ľ mais j’avais pas envie d’√©couter. Pour cette course je vais aller jusqu’au bout. Donc j’ai fini le premier check-point, il y avait deux ou trois gars derri√®re moi, je me suis dit que j’allais oublier la course, j’allais oublier cinq mois de √ßa et cinq jours de √ßa, je vais juste penser aux 10 kilom√®tres entre chaque check point. Je suis arriv√© au coucher du soleil, j’ai fini toujours dans la course avec le liquide des ampoules qui sortait de mes mains. Mais j’ai fini le premier jour, je suis all√© √† la tente et ils m’ont donn√© des pansements. Il y a un ami qui avait des gants qui me les a pr√™t√© et j’ai recommenc√© √† faire la m√™me chose le lendemain : check-point par check-point, 10 km par 10km, et c’est comme √ßa que j’ai fini la course. Je sais pas si vous avez la chance de voir des photos du Marathon des Sables, chaque ann√©e tu vois les coureurs √† la tente m√©dicale avec des ampoules.

Ermanno : Toi c’√©tait dans les mains haha.

Mohamed : Oui haha, j’√©tais comme un boxer avec toujours plus de bandes. Mais j’ai beaucoup pleur√©, c’√©tait l’√©v√©nement le plus difficile que j’ai jamais fait de ma vie. Apr√®s √™tre rentr√© chez moi j’avais des cauchemars pendant je sais pas combien de jours : 15 jours, et c’√©tait terrible c’√©tait √† chaque fois que je devais marcher dans le d√©sert, donc √ßa m’a beaucoup marqu√©.¬†

Olivier : Ah oui √ßa t’a vraiment traumatis√©. Mais attends tu dis que avec les b√©quilles c’√©tait d√©j√† un peu plus facile qu’avec la lame mais donc pour la lame il faut que tu l√®ves effectivement ta jambe et ta hanche mais avec les b√©quilles c’est pareil, les b√©quilles tu les mets dans le sable et tu t’enfonces. Donc l√† pour le coup c’√©tait plut√īt les bras qui prenaient tu avais un √©norme effort √† faire au niveau des √©paules.

Mohamed : Oui, mais pour moi c’√©tait abandonn√© ou bien rester dans la course, c’est √ßa qui √©tait dans ma t√™te.

Olivier : Quand on t’√©coute Mohamed, on se dit qu’on a vraiment plus aucune excuse. C’est vraiment une bonne le√ßon d’humilit√©.

Mohamed : J’ai beaucoup pleur√© dans cette course, mais parfois parce que tu es tout seul pendant des heures, ma cadence √©tait tr√®s ralentie donc √ßa me prenait toute la journ√©e pour finir. Tu passes beaucoup de temps tout seul, tu as le temps de penser √† beaucoup de choses, surtout qu’il y a rien c’est juste l’horizon.

Olivier : Oui je vois tout √† fait le genre de ressenti. Tu es tout seul toute la journ√©e et en fait tu te demandes limite si tu es encore dans la course parce que tu te demandes si tu t’es pas paum√©. Et √ßa c’√©tait en quelle ann√©e du coup le marathon des sables ?

Mohamed : 2013. 

Olivier : Donc après 2013, toi tu étais comment, en mode préparation pour les J.O ? Parce que tu es allé à Rio quand même en 2016.

Mohamed :¬† J’ai commenc√© √† faire du triathlon juste pour participer et rester en forme. Donc j’avais d√©j√† fait un Iron Man : Iron Man Zurich. Et puis avant de faire Rio je voulais faire le Iron Man Kona et j’ai appris qu’il y avait pas de qualification pour ma cat√©gorie, il y avait pour la cat√©gorie en fauteuil roulant, ils peuvent aller faire un √©v√©nement pour se qualifier mais toutes les autres cat√©gories il y a pas de qualification il y a que la loterie. Donc j’ai fait la loterie en 2014 et j’ai gagn√©, j’ai fait le half Iron Man Boise. Et puis je m’entra√ģnais encore, j’avais pas vraiment un entra√ģneur je suivais juste des plans d’entra√ģnement sur Internet. Je travaillais un petit peu √† l’√©poque et j’avais les √©tudes. En 2014 c’√©tait entra√ģnement, √©cole, travail, c’√©tait une ann√©e un peu bizarre pour moi. J’ai fait cet Iron Man en 2014 et c’√©tait super, un des √©v√©nements que j’ai vraiment envie de refaire, et ramener toute la famille avec moi. Mais apr√®s cet Ironman c’√©tait seulement pour rire √† 100%.¬†

Ermanno : Mais attends parce que d√©j√† ma g√©n√©ration c’√©tait plut√īt des anciens nageurs, des anciens cycliste, des anciens coureurs qui devenaient triathl√®tes, maintenant et on a souvent l’occasion d’en parler les jeunes triathl√®tes sont souvent des triathl√®tes : ils commencent par le triathlon, et puis surtout ils ont souvent une carri√®re dans le cours surtout les triathl√®tes francophones. Ils ont souvent eu la chance de concourir dans le Grand Prix en France puis une fois qu’ils ont fini avec le cours il passe sur le half et puis apr√®s ils finissent sur Iron Man. Toi tu as fait un peu tout, Ironman, Kona, et t’es revenu en distance Olympiques pour aller aux J.O. Il faut que tu nous expliques.

Mohamed : √áa fait bizarre, la fa√ßon dont j’ai justifi√© √ßa √† l’√©poque, c’est que pour moi c’est comme un entra√ģnement de base de faire beaucoup d’endurance √† l’√©poque et surtout de faire de la longue distance de triathlon. Maintenant si tu me demandes d’aller faire un Iron Man avant d’aller faire les championnats du monde en sprint, je peux pas faire √ßa, peut-√™tre half mais pas full. Donc pour moi √† l’√©poque c’√©tait une combinaison de deux √©l√©ments : le premier c’est je suis toujours nouveau, je suis curieux, je tente Ironman Kona, c’est le top du top ; mais aussi que j’avais envie de faire plus : faire beaucoup de natation, de v√©lo et de course √† pied pour construire la base de la fondation pour moi. √Ä l’√©poque j’avais pas de coach, c’√©tait juste moi, j’ai juste fait la pr√©paration Iron Man, et je pense que √ßa m’a beaucoup aid√© apr√®s 2014 de r√©duire les heures d’entra√ģnement et commencer √† construire le sprint. Je pense que c’√©tait plus facile pour moi que juste aller directement se concentrer sur le sprint. Mais aussi je fais du sport parce que j’aime beaucoup en faire, donc avoir le plaisir de faire ce qu’on veut et ce qu‚Äôon aime je pense que √ßa √ßa te donne un boost et beaucoup d’√©nergie pour les autres projets.

Olivier : Ouais √† la limite le long c’√©tait pour le mental pour te dire ¬ę¬†ben en fait je suis capable de faire un Ironman donc je suis capable de me qualifier pour Rio¬†¬Ľ.

Mohamed : Ouais

Ermanno : Et comment √ßa se passait au Maroc, ou comment √ßa se passe encore maintenant justement pour repr√©senter le pays aux Jeux Olympiques ? Est-ce qu’il y a beaucoup de pr√©tendants et peu de place ou est-ce qu‚Äôen plus en paralympique vous n’√™tes pas nombreux √† vouloir aller repr√©senter le pays et porter la flamme ?

Mohamed : √Ä l’√©poque o√Ļ je faisais du triathlon, il n’y avait pas de f√©d√©ration du triathlon au Maroc. √áa s’√©tait cr√©√© il y a un an ou deux ans maintenant.

Ermanno : Alors comment tu fais pour aller repr√©senter le pays s‚Äôil n’y a pas de f√©d√©ration. C’est comme pour la chaise roulante, tu l‚Äôas fabriqu√©e haha.

Mohamed :¬† Bah du coup je faisais tout moi-m√™me, il fallait que je m’enregistre, etc. Donc comment √ßa se passer √† l’√©poque : il y avait la f√©d√©ration handisport qui avait pas le triathlon, il y avait pas d’accr√©ditation avec l’ITO. C’√©tait la F√©d√©ration des sports mais comme il y avait pas de triathl√®te avant, ils √©taient pas encore en contact avec l’ITO. Il y avait la F√©d√©ration Sport Pour Tous qui a pris le triathlon, c’√©tait eux qui √©taient en contact avec l’Union internationale. Donc moi j’√©tais en handisport, la f√©d√©ration des sports dit ¬ę¬†on a pas triathlon¬†¬Ľ et la F√©d√©ration sport pour tous dit ¬ę¬†on n’a pas d’handisport¬†¬Ľ, donc j’√©tais entre les deux, personne voulait prendre la responsabilit√©. Puis, la F√©d√©ration sport pour tous m’enregistre pour les √©v√©nements parce que l’organisation officielle au Maroc m’enregistre dans les les √©l√©ments dont j’avais besoin mais le reste c’√©tait moi, je faisais tout tout seul.¬†

Olivier : Et √ßa s’est pass√© comment, est-ce que tu avais un coach ? Tu es quand m√™me pas aller √† Rio sans coach.

Mohamed : Oui j’avais un coach, mais c’√©tait moi le responsable de toute la logistique.¬†

Olivier : Ah ok donc tu n’avais pas de manager etc.

Mohamed : Non. 

Ermanno : Bon alors comment √ßa s’est pass√© ces jeux √† Rio ?

Mohamed :¬† C’√©tait magnifique. Pour revenir, en 2014 il y avait un club de triathlon qui s’est cr√©√© pour encourager le triathlon dans le monde arabe. √áa a √©t√© cr√©√© par deux gars de l’√Čgypte. J’ai eu la chance de rejoindre ce club et qui m’a aid√© financi√®rement de 2014 √† 2016 donc pour participer aux courses et tout √ßa. Malheureusement √ßa n’existe plus maintenant mais √† l’√©poque c’√©tait le bon timing pour moi. Je m’entra√ģnais parce que j’habite ici en Californie, et en 2015 j’ai commenc√© √† √™tre coach√© par Matt Dixon.

Ermanno : Oui il est très bien connu dans le monde du triathlon.

Mohamed : Donc je m’entra√ģnais avec ses athl√®tes valides, je nageais et courais avec eux, et il coachait aussi des cyclistes. Pour moi c’√©tait parfait c’√©tait dans ma r√©gion. Tout √©tait parfait en 2014-2015, en 2015 c’√©tait une saison magnifique pour moi, 2016 en mars je gagne la qualification donc je commence √† me concentrer sur Rio. Donc j’ai fait les championnats du monde, cette ann√©e en 2016 √† Rotterdam en juillet avant les Jeux paralympiques, et pour moi c’√©tait une course juste pour se concentrer sur les d√©tails, je devais √™tre avec les tops, les 4 premiers, c’√©tait mon but. J’ai fait toutes les courses et j’ai fini 6√®me, et je sais pas comment le dire en fran√ßais mais j’√©tais at the best. Donc j’avais imprim√© les r√©sultats de la course et pendant mon vol √† San Francisco je regardais les r√©sultats, la natation, la transition, le v√©lo, je comparais avec les autres. Je sais pas comment √ßa s’est pass√© mais tout le monde est devenu plus rapide, tout le monde √©tait tr√®s fort et pr√©par√© pour la course. Donc mon vol a dur√© 10h heures et je pensais √† qu’est-ce que je vais faire en l’espace de 3 mois ? Qu’est-ce que je peux faire ? Je peux pas devenir une minute plus rapide en v√©lo, en course √† pied, et en 30 secondes en natation, qu’est-ce que je peux faire dans ces trois mois pour maximiser ?

Ermanno : Bah tu peux faire tomber les concurrents haha. Non √ßa c’est pas l’esprit sportif d√©sol√©.

Mohamed : Haha. Donc j’ai pass√© beaucoup de temps en triathlon, j’ai eu un peu d’apprentissage pour moi la 1√®re chose c’est de se concentrer sur les choses ou √ßa demande pas d’efforts physiques : c’est les transitions, √ßa c’est la premi√®re chose, essayer de r√©duire le T1 et T2, donc je me dis √ßa dans mon vol retour. La deuxi√®me chose c’est regarder la course √† Rio, regarder les transitions, regarder c’est quoi la course en v√©lo, c’est quoi la course en course √† pied, c’est quoi la natation. Donc quand je suis rentr√© j’ai parl√© avec mon entra√ģneur on a ajout√© des s√©ances de v√©lo, mais des s√©ances sp√©cifiques, on avait, je me rappelle bien, 16 demi-tour en 20 km. L’objectif en deux mois c’est de faire des demi-tour et acc√©l√©rer, demi-tour et acc√©l√©rer deux fois par semaine et ne pas le faire dans un plat mais un peu inclin√©. Quand tu viens √† la descente tu fais demi-tour et tu acc√©l√®re √† la remont√©e. Juste faire √ßa deux fois par semaine √ßa me faisait un entra√ģnement, j’ai pratiqu√© le demi-tour mais aussi l’acc√©l√©ration, parce que tu ralentis, tu dois acc√©l√©rer, c’est la 1√®re chose. 2√®me chose c’est la transition, c’est quoi la distance, est-ce que j’ai mesur√© la distance, est-ce que c’est plus rapide avec une proth√®se. Donc je suis all√© √† la piscine et j’ai pratiqu√© les deux, j’ai mesur√© les deux et compar√© le temps, c’est quoi le plus rapide, c’est quoi le plus pratique pour cette course, beaucoup de d√©tails pour Rio. Et aussi la troisi√®me chose c’est la Copacabana qui √©tait 3h de route de village olympique, donc pour moi parce que j’√©tais tout seul, j’ai pris un h√ītel √† Copacabana, j’allais directement √† la course chaque jour. √Ä l’√©poque, tout le monde avait peur de nager parce qu’ils disaient que la qualit√© de l’eau n’√©tait pas bonne, il y avait des gens qui tombaient malade et tout √ßa, moi je regardais depuis le balcon de l’h√ītel. Tous les jours je voulais nager parce que quand je regarde les Jeux Olympiques, √† la sortie de l’eau parce qu’il y avait des vagues, il y avait des athl√®tes qui surfaient la vague et prenaient avantage et je regardais √ßa, et moi je pratiquais que √ßa aussi. Pour moi c’√©tait en mode game, c’est juste les d√©tails en addition de mon entra√ģnement. D’ailleurs quand je pratiquais la natation, j’ai perdu mes lunettes de natation 2 fois, du coup il fallait que j’aille acheter une paire de lunettes pour la course.

Olivier : Et attends √† ce moment-l√† quand tu prends l’h√ītel pour Copacabana tu √©tais vraiment tout seul tout seul ? Pas de coach, pas d’amis, pas d’√©pouse ?

Mohamed : Il y avait un virus donc ma femme ne voulait pas prendre le risque. 

Ermanno : C’est dingue parce que g√©n√©ralement quand on s’imagine les jeux paralympiques ou olympiques, on imagine que tu as une √©quipe de 200 personnes et en fait non il y a plein de merde qui arrivent. On en parlait encore avec Valentin la Croix cet √©t√© qui √©tait nutritionniste et qui accompagnait l’√©quipe de cyclisme sur route √† Tokyo, il disait ‚Äúbah en fait non on loge dans un Airbnb, les courses c’est moi qui dois aller les faire, je dois m’occuper de trouver les aliments et tout‚ÄĚ. C’est plein de petits d√©tails comme √ßa dont on se rend pas compte en fait.

Mohamed : C’est des le√ßons qu’on apprend quand on fait √ßa parce qu’il faut s’adapter parce que le but c’est de performer donc on doit trouver des solutions pour tous les obstacles. On est pas ici pour le tourisme, on n’est pas ici pour se chouchouter, tu vois si il y a des sp√©cialistes autour de toi, des experts c’est bien √ßa aide beaucoup, mais si tu l’as pas tu dois tout trouver. D’ailleurs mon ami Patrice de Casablanca voulait venir m’aider, et le jour de la course il est arriv√© √† la course pendant que je faisais le v√©lo. Je me rappelle bien qu’√† Rio je devais tout faire parce que j’√©tais s√©par√© de la d√©l√©gation marocaine, j’√©tais tout seul √† Copacabana donc je faisais tout moi-m√™me. Je me rappelle bien aller √† la zone avant la course avec mon v√©lo tout seul pour passer √† travers la s√©curit√©.¬†

Ermanno : Et t’as d√©cid√© de faire √ßa parce que c’√©tait vraiment strat√©gique, tu t’es dit j’ai int√©r√™t √† m’acclimater entre guillemets, aller tester l’eau, j’ai envie d’√™tre sur le lieu m√™me.

Mohamed : Je pense aussi que voir la course chaque jour √ßa t’aide, tu es pas surpris le jour de la course parce que les Jeux paralympiques √ßa passe tous les 4 ans c’est un peu le choc, il y a pas acc√®s. Donc moi chaque jour je voyais la ligne d’arriv√©e, je faisais la m√™me course pendant une semaine. √áa m’a beaucoup aid√©.

Olivier :¬† Aussi au niveau de la visualisation et du mental, c’est quelque chose qui devait aider pas mal. Et √† ce moment-l√† toi tu √©tais triathl√®te professionnel, c’est-√†-dire que tu gagnais ta vie avec √ßa ou tu bossais encore √† c√īt√© ?

Mohamed : En handisport c’est rare de trouver quelqu’un qui gagne sa vie gr√Ęce √† √ßa. Donc c’est ma femme qui travaillait pour notre famille, j’avais le club qui m’a aid√© pour payer les √©v√©nements, le vol et tout √ßa. C’est juste qu’on bricolait pour faire marcher tout √ßa.

Ermanno : Cette course alors, 3 mois avant tu fais le test event, tu te rends compte que tu as des choses √† ajuster, tu r√©fl√©chis, tu ajustes jusqu’au moment o√Ļ comme tu dis o√Ļ tu arrives √† Copacabana une semaine avant pour t’acclimater, pour vivre dans l’esprit dans l’ambiance ; et la course ? Comment se passe la course, comment se passe la natation, comment se passe le v√©lo, comment se passe la course √† pied ?

Mohamed : Quand on se pr√©parait pour aller √† la ligne de d√©part je souriais, je prenais des photos, j’√©tais tr√®s calme, j’avais vraiment aucun stress. On se positionne, on commence la natation. J’ai tous les entra√ģnements qui me reviennent, mais il y a un moment en natation o√Ļ il y avait un fran√ßais qui s’appelle St√©phane Bahier qui est un monstre en v√©lo. D’ailleurs, avant j’utilisais une proth√®se pour mon v√©lo, et c’est lui qui m’a dit d√©barrasse-toi de √ßa utilise une seule jambe pour nous c’est plus rapide qu’une proth√®se, et √ßa m’a pris 3 ans avant d’adopter cette m√©thode. Aujourd’hui, tous les athl√®tes maintenant dans notre cas p√©dalent avec une seule jambe c’est plus rapide. Donc St√©phane Bahier c’est un monstre, il est trop fort et dans toutes les courses que j’ai fait avec lui il a toujours fini avant moi en natation, et √† Rio je sais pas √† 200 m de la sortie de la fin de natation, je me retrouve √† c√īt√© de St√©phane Bahier et j’√©tais surpris de le voir √† c√īt√© de moi et j’ai dit ¬ę¬†this is my day¬†¬Ľ,¬† donc je suis rest√© avec lui jusqu’√† la sortie o√Ļ il y a les vagues et j’ai pris la vague. D’ailleurs il y a une photo pas loin de la sortie, j’avais pratiqu√© la transition comme un verre d’eau : c’√©tait tr√®s rapide, je pense que j’√©tais le plus rapide ce jour-l√†, et puis j’ai commenc√© le v√©lo. Je sais que St√©phane est tr√®s fort en v√©lo et j’ai dit ¬ę¬†ne le laisse pas passer, au moins la premi√®re moiti√© les premiers 10 km, ne laisse pas passer¬†¬Ľ. Et ma strat√©gie c’est acc√©l√©rer, parce que j’ai beaucoup pratiqu√© √ßa, c’√©tait √ßa ma strat√©gie donc finalement il passe devant moi mais c’√©tait presque √† la moiti√© comme j’avais planifi√©. Fin c’√©tait pas planifi√© du tout tout √ßa. Apr√®s, le gars qui a gagn√© la m√©daille d’or c’est l’Angleterre qui s’appelle Luis, je me suis dit je vais pas le laisser passer devant moi. Encore √ßa, ce sont mes petits objectifs pendant ma course qui me motivent et me poussent. J’ai emp√™ch√© le gars de l’Angleterre et le gars des √Čtats-Unis de me d√©passer en v√©lo, pour moi mon but c’est √† la fin du v√©lo c’est de rattraper St√©phane Bahier parce que je sais que qu’il est pas loin. Donc : transition rapide, je commence la transition, je sais que le gars d’Angleterre est pas loin de chez moi, il va passer parce qu‚Äôil est tr√®s fort. On savait que c’√©tait lui qui avait le plus de chance de gagner donc pour moi la strat√©gie qui m’est arriv√© c’est de courir avec ce gars-l√† d’Angleterre parce qu’il est tr√®s rapide et va me ramener √† St√©phane Bahier. C’est la derni√®re chose √† faire dans cette course, si je fais √ßa je vais avoir le podium. Et exactement, il y a une photo de √ßa sur internet, j’essayais de rester avec lui, j’ai souffert de ces 2 kilom√®tres de course √† pied. Une fois que je vois St√©phane Bahier je rel√Ęche parce que je pouvais pas, puis √ßa m’a pris je sais pas combien de temps pour le d√©passer et finir en bronze. Donc en l’espace de 3 mois, de passer de 6e √† 3e, avec les m√™mes gars j’√©tais le plus heureux du monde.¬†

Olivier : Et du coup apr√®s Rio qu’est-ce qui te vient en t√™te ?

Mohamed : Apr√®s Rio, le plan c’√©tait d’arr√™ter et se concentrer parce que j’ai une famille, j’avais deux enfants, commencer √† planifier la carri√®re post-sport. Mais je sais pas, 3-4 mois avant Rio, j’ai commenc√© √† n√©gocier avec ma femme : √ßa te dit d’aller √† Tokyo ? √Ä l’√©poque, je connaissais presque toute l’√©quipe des √Čtats-Unis, je connaissais le manager tout √ßa. J’ai dit ‚Äúmaintenant que j’ai fait avec le Maroc je vais faire une autre avec les √Čtats-Unis‚ÄĚ. En 2017 avec ma femme on a d√©m√©nag√© de Californie √† Colorado Springs parce qu’il y avait le centre d’entra√ģnement, le Centre Olympique Paralympique, et pour moi c’√©tait un de mes r√™ves quand j’ai commenc√© √† faire du sport de m’entra√ģner l√†-bas, c’est magnifique dans les montagnes. C’√©tait pour une r√©alisation pour moi parce que tu t’entraines avec toutes les √©quipes, tous les athl√®tes olympiques et paralympiques des √Čtats-Unis, de voir comment les choses sont faites, les entra√ģnements, l’√©ducation, c’est un autre monde. Et pour moi apprendre √† organiser mes entra√ģnements, la musculation, alors pour moi les d√©tails c’√©tait bien vivre, c’√©tait une exp√©rience. √áa s’est tr√®s bien pass√©, √ßa m’a pris une ann√©e pour m’adapter √† l’altitude, c’√©tait tr√®s slow. On avait une piscine de 50 m et avec l’altitude c’√©tait une torture. Mais j’ai beaucoup aim√© la vie l√†-bas, √ßa se passait bien, les entrainements commen√ßaient √† donner de bons r√©sultats. Puis en 2018 il y a IPC qui dit que ma cat√©gorie ne va pas √™tre √† Tokyo, toute la cat√©gorie de PTS2/PTS3, donc c’√©tait un moment de ma vie o√Ļ j’√©tais le plus bas parce que j’avais fait un grand move, j’ai d√©m√©nag√© toute ma famille, j’ai arr√™t√© ma carri√®re pour √ßa et l√† qu’est-ce qu’on va faire ? Donc le programme s’est arr√™t√© pour notre cat√©gorie. Donc j’ai commenc√© √† faire un peu de cyclisme, pour moi j’√©tais l√†-bas et le contrat va finir √† la fin d’ann√©e alors pourquoi pas apprendre quelque chose de nouveau, donc j’ai appris √† rouler sur la piste.

Ermanno : Et donc l√† il y a un mec qui t’a parl√© de la piste justement, tu n’avais jamais fait tu as dit ¬ę¬†ok c’est bon on y va¬†¬Ľ pour revenir sur ce que tu disais au d√©but haha.

Mohamed : Ouais, je pense que cette mentalit√© m’a ramen√© √† apprendre beaucoup de choses, pas seulement dans le sport. √Ä apprendre √† comment fabriquer quelque chose, r√©soudre un probl√®me… donc j’ai commenc√© √† apprendre √† rouler dans le V√©lodrome et l√† j’ai appris que les cyclistes n’aimaient pas que les triathl√®tes viennent. C’√©tait marrant. Donc en tant que triathl√®te on fait natation v√©lo et course √† pied, on conna√ģt beaucoup, mais quand je fais que le cyclisme c’est un autre monde, on est vraiment comme des d√©butants √† c√īt√© d’eux parce qu’ils font √ßa jour apr√®s jour, ils ont beaucoup d’exp√©rience et beaucoup de d√©tails. C’√©tait pas assez pour moi pour me qualifier √† Tokyo en cyclisme, mais j’ai fait de mon mieux.

Olivier : Mais il y a une grosse diff√©rence entre les cyclistes et les triathl√®tes dans le sens o√Ļ les triathl√®tes √† priori ne roulent pas trop en peloton quoi, sauf sur la distance Olympique dans certains cas mais c’est pas pareil c’est pas du peloton o√Ļ on fait des relais et o√Ļ on est vraiment en √©quipe, c’est pas la m√™me chose quoi. Donc les cyclistes en g√©n√©ral ils ont tendance √† dire les triathl√®tes ils font chier parce qu’ils savent pas rouler, dans le sens o√Ļ ils savent pas rouler en peloton quoi.¬†

Mohamed : Exactement mais les triathlètes sont très forts, si tu les mets en ligne droite.

Olivier : Ah oui, ils sont tr√®s forts mais il faut faire un peu la part des choses parce qu’il y a quand m√™me beaucoup de triathl√®tes qui viennent du monde du cyclisme aussi donc c’est pas tous les triathl√®tes mais le triathl√®te qui a appris √† rouler √† v√©lo dans le cadre du triathlon exclusivement, c’est vrai qu’en g√©n√©ral il manque un peu de technique, il manque de codes quoi : ils ont tendance √† √™tre un peu dangereux parce que ils se mettent pas bien dans les roues. Tu vois c’est le genre de truc qui fait pas trop partie de leur ADN.¬†

Mohamed : J’ai appris √ßa √† la mani√®re difficile on va dire quoi hahaha.

Ermanno : Tu t’en es pris plein la gueule c’est √ßa haha ? J’ai l’impression que √ßa a pas √©t√© tr√®s lin√©aire ton apprentissage, t’as tout fait en prenant des portes. Et maintenant, toujours sur le v√©lo et le triathlon. Il faudrait pas que quelqu’un te parle de trail parce que sinon tu dirais ¬ę¬†c’est bon, j’y vais¬†¬Ľ.

Mohamed : Non, parce que c’est une discussion qui se passe en ce moment avec USA Triathlon, j’ai pris un travail avec visa il y a 3 mois. Avant je travaillais √† mi-temps, j’avais beaucoup de flexibilit√©, maintenant c’est plus le cas. C’est r√©cent j’ai commenc√© en septembre, c’est beaucoup de travail pour moi de rester assis pendant 8 heures par jour. Donc il y a une chance de s’entra√ģner pour Paris en triathlon avec l’√©quipe des √Čtats-Unis, on essaie d’avoir une fa√ßon de s’adapter. J’ai 39 ans avant maintenant, j’ai pas beaucoup de sprint mais j’ai beaucoup d’endurance, donc on essaie de trouver une fa√ßon de pr√©parer pour Paris mais intelligemment en consid√©ration de mon travail et de mon √Ęge donc c’est en pr√©paration pour l’instant et ce sera la derni√®re fois. Pourquoi les USA ? Parce que √ßa fait plus de 10 ans que j’habite ici mais j’aime aussi beaucoup l’√©quipe et le manager qui g√®re l’√©quipe des USA est une personne magnifique qui aime le sport et qui a envie de m’aider. Il a envie qu’on finisse ce projet qu’on a commenc√© en 2018 donc on va essayer de faire √ßa cette ann√©e. En 2024 j’aurais beaucoup de comp√©tition, il y a un nouveau fran√ßais qui s’appelle Jules, c’est un nouveau monstre. Il est trop rapide, il a gagn√© les championnats du monde √† Abu Dhabi o√Ļ j’ai fini dernier. Donc j’ai beaucoup de travail √† faire, on va savoir comment √ßa va se passer pour les trois prochaines ann√©es. En parall√®le de √ßa avec 2 amis (un double amput√© et et un avec une malformation du bras) on a commenc√© ce projet, il va durer 10-15ans, c’est de connecter le point le plus bas et le plus haut de chaque continent. On va utiliser v√©lo, cano√ę, randonn√©es… on a commenc√© juste avant le covid, pour commencer on a fait l’Am√©rique du sud : de Patagonia en v√©lo pendant 4 semaines jusqu’en Argentine, puis on a mont√© Aconcagua le plus haut point d’Am√©rique du sud, donc on a l’Am√©rique du nord, l’Europe, l’Asie… donc c’est un √©norme projet. Le 1er but c’est de reprendre les choses en mains. √áa n’a jamais √©t√© fait avant. Le 2√®me but c’est de sensibiliser les gens sur le handicap et le handisport. En France et aux √Čtats-Unis on sent pas qu’on est discrimin√©, il y a des choses mais ce sont pas des choses qui vont bloquer ta vie, mais il y a des endroits o√Ļ parfois jusqu’√† maintenant en Afrique, quand tu es un enfant dans des petits villages tu es exclu de village √† cause de √ßa. C’est un exemple mais c’est surtout l’√©ducation, c’est un gros projet, on va avoir une √©quipe qui va documenter tout ce projet, on va essayer d’avoir une documentaire sur chaque continent et aussi avoir des histoires. Moi mon histoire c’est que gr√Ęce au sport j’ai pu changer ma vie et je pense qu’il y a beaucoup de gens dans le monde qui ont besoin de cette histoire qui s’est pass√© avec moi et mon p√®re avec le champion paralympique de natation. On veut montrer √ßa au niveau global.

Ermanno : Passer la bonne parole et inciter le maximum de gens qui sont justement des personnes handicap√©es pour leurs montrer que c’est pas la fin du monde et qu’on peut quand m√™me y arriver. Super projet. Et du coup tu inclus l’ascension de l’Everest dedans haha ?

Mohamed : Il y a l’Everest oui c’est le dernier haha. Je fais la m√™me strat√©gie : check-point par check-point, je commence par le plus facile, l’Everest √ßa fait peur √† ma femme donc on verra quand on arrivera haha.

Ermanno : Ha bah c’est bien parce que si elle compte √©couter le podcast va falloir lui dire bient√īt haha.

Mohamed : En attendant je lui ai dit ¬ę¬†on pensera √† l’Everest quand on arrivera l√†-bas¬†¬Ľ. Donc ce sera dans 1 an peut-√™tre. L’ann√©e prochaine on essaye de faire l’Europe peut-√™tre, on commence par la Russie et jusqu’au Mont Blanc en France.¬†

Ermanno : Comment tu fais pour d√©finir le point le plus bas ? √áa doit √™tre aux Pays-Bas j’imagine ?

Mohamed : Non le plus bas j’aurais bien aim√© que ce soit les Pays-Bas √ßa serait plus facile mais c’est en Russie. Il y un lac o√Ļ c’est le plus bas, en dessous du niveau de la mer.

Ermanno : Forc√©ment, tu dois conna√ģtre Bouchra Baibanou, forc√©ment elle, elle pourra te donner quelques conseils pour l’Everest. Et en plus c’est une de tes consŇďurs puisqu’elle est marocaine aussi.

Mohamed : Haha, oui elle est magnifique c’est une championne.¬†

Ermanno : Tu peux peut-√™tre nous redonner les d√©tails sur o√Ļ-est ce qu’on peut trouver plus d’infos ou contribuer si vous faites des appels aux dons.¬†

Mohamed : lowesthighest.org

Ermanno : Super, bah √©coute Mohamed merci beaucoup d’avoir r√©pondu √† toutes nos questions. J’ai encore deux petites questions avant de terminer et de te laisser aller t’entra√ģner o√Ļ aller bosser. La premi√®re : le podcast s’appelle Devenir Triathl√®te, on l’aura bien compris tu es pass√© par beaucoup d’√©tapes pour en √™tre l√† o√Ļ tu en es actuellement et peut-√™tre tenter de repr√©senter un autre pays aux JO de Paris en 2024, mais du coup selon toi quel est le meilleur conseil qu’on puisse donner √† quelqu’un pour devenir triathl√®te ?

Mohamed : Personnellement je pense qu’il y a quelque chose de diff√©rent par rapport au triathlon, c’est diff√©rent des autres sports. Parce que moi j’ai essay√© le cyclisme, j’ai essay√© la natation, mais le triathlon c’est tr√®s sp√©cial. Devenir Triathl√®te c’est comme un mode de vie, ne pense pense pas √† faire des courses, n’aies pas peur de l’eau, de rouler en v√©lo ou courir, pense que c’est quelque chose dont on a besoin dans notre vie parce que c’est un sport qui est tr√®s compl√©mentaire. C’est pour ton bien. Si tu commences √† aimer le sport, tu comprends que le triathlon c’est un mode de vie. C’est √ßa la premi√®re √©tape, quand tu comprends √ßa, quand tu sais ce qu’est le triathlon, comment √ßa va se d√©rouler dans ta journ√©e et dans ta vie, comment tu vas ajouter √ßa. Moi je parle des gens qui travaillent et qui ont des responsabilit√©s, comment ils vont rajouter √ßa dans leur vie. Quand on commence par √ßa, comment on rajoute ces heures d’entra√ģnement sans avoir un stress de sur une autre vie √ßa c’est la premi√®re √©tape, quand on arrive √† r√©ussir √† faire √ßa, et bah apr√®s c’est facile. C’est un mode de vie, tu peux pas arr√™ter, √ßa va planifier ta vie pour le mieux. Je me rappelle bien qu’il y avait toutes les options : le sprint, olympique, longue-distance… ce sont des options qui te mettent en contact avec la nature d’une fa√ßon ou d’une autre. Donc pour moi le premier conseil c’est juste have fun, c’est bon pour toi. Il y a quelque chose qui m’est arriv√© surtout quand je faisais des Iron Man longue-distance, quand tu sors de la natation, il y a de l’adr√©naline, tu commences le v√©lo tr√®s fort. Je parle de longue distance, apr√®s 5km tu chutes, et c’est la m√™me chose en course √† pied, il y a des gens qui applaudissent, tu aimes beaucoup √ßa et tu commences tr√®s fort, et apr√®s tu chutes. Donc en half Iron Man sois juste toi-m√™me et pace yourself (va √† ton rythme), c’est la cl√©. Je vois beaucoup de gens qui font l’erreur et ils finissent pas la distance, et c’est juste √† cause de √ßa parce qu’ils commencent trop fort en v√©lo et √† la course √† pied. Va √† ton rythme depuis le d√©but.¬†

Ermanno : Super merci beaucoup, et puis la derni√®re question que je pose √† tous mes invit√©s pour pouvoir continuer d’√©changer avec toi, pour suivre un petit peu tes aventures, pour te soutenir et pour peut-√™tre venir te voir √† Paris en 2024, o√Ļ est-ce qu’on peut te retrouver sur les r√©seaux ?

Mohamed : Sur les réseaux sociaux je suis sur Instagram @mohamedlahna (https://www.instagram.com/mohamedlahna/) et LinkedIn (linkedin.com/in/mohamedlahna) mais pas trop Facebook.

Oliver : Cool, bon bah on va bien suivre tout √ßa. C’√©tait hyper cool de t’√©couter, pour moi √ßa m’a donn√© une grosse claque et je me dis qu’il est tant que j’en fasse un peu plus parce que quand on t’entend on a vraiment aucune excuse quoi.

Ermanno : √áa avait d√©j√† bien commenc√© le ¬ę¬†no excuse¬†¬Ľ avec Philippe Martin qui fait des semaines de 90 heures et le mec trouve le temps de faire 41 ans Iron Man donc finalement Philippe nous a dit de venir l’interviewer donc on continue bien avec toi. Peut-√™tre que je pourrais rajouter une troisi√®me question du coup pour qu’on continue dans cette s√©rie : qui est-ce que tu me conseillerais d’aller interviewer si tu devais recommander un ou une triathl√®te ou un ou une sportive ?

Mohamed : St√©phane Bahier, c’est mon role model. J’ai essay√© de le battre, c’est lui qui m’a pouss√© √† devenir un bon triathl√®te. Je pense que je n’ai pas r√©ussi, une seule fois c’√©tait dans les Jeux paralympiques, sinon il m’a battu dans tous les √©v√©nements ITU pendant 4-5 ans.

Olivier : Ça marche, bon bah Stéphane si tu nous écoutes voilà, tu es le bienvenu.

Mohamed : C’est un gars magnifique, tr√®s fort, c’est un monstre.

Ermanno : Ok, bah √©coute on rel√®ve le challenge. Si tu nous √©coutes St√©phane, contacte nous et puis c’est pas le cas de toute fa√ßon nous on viendra √† toi et tu passeras aussi dans le podcast j’esp√®re. Bah √©coute merci encore Mohamed pour le temps qu’on a pass√© ensemble, presque 2h d’√©pisodes c’√©tait g√©nial, comme l’a dit Olivier on a pris des claques, maintenant on a plus d’excuses. On te souhaite une bonne continuation, une bonne journ√©e parce que pour toi c’est le d√©but de la journ√©e, et puis Olivier bah on se donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel √©pisode ?

Olivier : Yes ! Salut Mohamed merci, ciao !

Mohamed : Ciao !


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co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHL√ąTE
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Podcasts ūüéô, SwimRun ūüŹäūüŹĽūüŹÉ, pr√©pa du d√©fi Agrippa2022 et Papa x 4 enfants je cours apr√®s le temps, mes passions et mes petits amours.

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