Le triathlon « Escape from Alcatraz » attire forcément par son nom. Pourtant, c’est un triathlon comme les autres : 1,5 miles de natation (2,4 km), 18 miles de vélo (29 km) et 8 miles de course à pied (12,9 km). L’édition 2022 s’est déroulée en début de mois (5 juin 2022), l’occasion pour nous de vous parler de ce triathlon. Nous avons, en plus, bénéficier du récit de course de Maud Walas, invitée du podcast lors de la deuxième saison

Histoire du triathlon « Escape from Alcatraz »

L’Alcatraz est une prison située au large de la ville de San Francisco, sur l’île d’Alcatraz. Entre 1934 et 1963, elle a accueilli plus de 1 545 détenus. Désormais, touristique, l’île est également le lieu de départ d’un triathlon

La première édition de la course a alors eu lieu en 1981, et dès cette première édition, 2 000 professionnels et amateurs étaient réunis. La demande est bien plus importante, mais le déroulement fait que seuls 2 000 participants peuvent prendre part à la course. Il faut donc passer l’épreuve du tirage au sort.

Le départ de la natation se fait sur un bateau accosté sur l’île, et les parties vélo et course à pied dans la ville, notamment en longeant le bord de l’océan, et avec un passage dans le Golden State Park.

Triathlon Escape from Alcatraz

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Résultats 2022 du Triathlon Escape from Alcatraz 

Cette année, en 2022, ce sont les Américains Eric Lagerstorm (2h01’36) et Jackie Hering (2h15’12) qui se sont imposés. Eric Lagerstorm s’impose pour la 2e fois après 2015. Il met fin à la domination de Ben Kanute qui avait remporté la course en 2017, 2018, 2019 et 2021 (la course avait été annulée en 2020). Chez les femmes, l’Australienne Michellie Jones, championne du monde de triathlon et Ironman, a remporté la course à 8 reprises, en 1995, entre 1997 et 2002 et en 2004. Parmi les grands noms du triathlon ayant remporté la course, on peut citer Emma Pallant-Brown en 2021 ou encore Javier Gomez en 2013. 

La course de Maud Walas

Inscrite en 2019, pour l’édition 2020 ce n’est que cette année que Maud Walas a enfin pris le départ du Triathlon Escape from Alcatraz. Après un réveil à 3h15, pour se rendre en direction de la navette, le départ est donné à 7h15.

La natation

« J’appuie sur le bouton de la Garmin, j’approche, deux personnes, une personne, je suis face au vide, à l’eau claire, ne pas réfléchir, c’est le moment, une main sur les lunettes, je prends le maximum d’élan, je saute. Mes pieds touchent l’eau, je m’enfonce, c’est clair, c’est froid, c’est beau, je remonte à la surface et me dirige à gauche. Ce n’est pas si froid… L’eau est transparente, d’un bleu vert glacial, c’est magique ! La visibilité sur la côte est mauvaise mais il y a beaucoup de canoës, pas de stress.

Et c’est parti. Je ne lutte pas contre le courant, au contraire, pas de difficulté, je vais vite, c’est agréable, je suis bien. Je vérifie régulièrement que je suis à gauche, je vérifie aussi mes repères visuels sur la côte. Tout va bien, ça passe très vite : ma montre sonne les 500m, 1000m, je vérifie mon temps, je suis large par rapport à la barrière horaire d’une heure. 1500m, 2000m, il est presque temps de bifurquer pour rejoindre la côte. 

J’arrive sur la plage, il pleut, tous les spectateurs sont sous des parapluies. Le ciel est toujours aussi chargé. 800m de course pour rejoindre la transition et le parc à vélo. La plus longue transition de l’histoire, courir sur de la terre, de l’herbe et du béton en chaussons néoprènes. Je profite de ce petit échauffement pour retirer le haut de ma combi, il ne fait pas froid.

Le vélo

Le parc à vélo. J’enlève la combi, enfile mes chaussures, trempées malgré les sacs plastiques, le casque, les lunettes et c’est parti pour 30km de vélo. Je me rends très vite compte que je ne vais pas m’amuser. La route est trempée, il y a des flaques et beaucoup de monde, c’est dangereux. Je préfère rester prudente. Mes chaussures sont remplies d’eau de pluie ! Le parcours vélo est exigeant, il monte, descend, tourne à 90 degrés. De quoi s’éclater en temps normal, pas aujourd’hui, surtout avec des freins non fiables. Je double beaucoup en côte, ne me fais pas beaucoup doubler en descente, je suis frustrée.

Je sais que je pourrais faire beaucoup mieux mais ne prends pas le risque d’aller plus vite. Il y a de bonnes petites côtes, je croise les premiers, en contre-la-montre, à fond, même pas peur ! 30km, concentrée sur la route, ça passe vite, je déprime sur ma moyenne. La pluie ne cesse pas. Fin du vélo, j’arrive à la transition.

La course à pied

Je pars à un bon rythme. Très vite la route se transforme en chemin roulant, boue, flaques d’eau, je suis dans un état… Je croise la première féminine au km 3, respect ! Direction le Golden Gate Bridge, sous la pluie, la brume, c’est beau quand même.

Ça commence à monter, puis des marches. On passe sous le Golden Gate puis au-dessus. Des marches encore, du chemin, mais ça passe bien, je suis en forme, je double, je profite. Puis ça descend, je reprends du rythme, c’est agréable. Petite montée puis descente vers la plage, toujours sous la pluie. Les pieds s’enfoncent dans le sable le temps d’atteindre le sable dur du bord de mer. Vent de face, il sera dans le dos au retour, pas grave.

Demi-tour sur la plage. Je croise les escapees venant en sens inverse, je me sens bien, je souris, je profite. Au bout de la plage le « sand ladder » : un escalier de rondins de bois recouvert de sable. Il y a des cordes pour s’aider à monter, je ne les utilise pas, mais je glisse, je change d’avis. Ça monte ! Je sais que passer ces marches, ce sera facile, c’est le chemin inverse.

Et oui, c’est facile, hormis quelques glissades dans la boue, tout se passe bien. J’envoie, plus que d’habitude, je suis portée par cette course exceptionnelle. Comme depuis le début, ça passe vite. Plus que 3km, 2, 1 puis le béton de la route résonne à nouveau sous les pieds et la ligne d’arrivée se profile. Je double encore pas mal de personnes, c’est encourageant. J’accélère sur la fin, ça va toujours bien. La ligne d’arrivée approche, vite. Le speaker donne mon nom quand je passe la ligne d’arrivée : Maud Walas, from Paris, Texas ! J’éclate de rire. Ça y est, je me suis échappée d’Alcatraz.

En résumé

3h18 pour 2400m de natation, 30km de vélo et 12 km de course à pied. J’aurais pu faire mieux, si les conditions météo avaient été meilleures. Je m’en fous. Cette course était un rêve. Et s’il avait fait un beau soleil sans brume, cette échappée n’aurait pas eu le même goût. C’est à cela que devait ressembler cette course : exigeante, épique, apocalyptique.

I am an escapee ! ».

Le choix de participer au Triathlon Escape from Alcatraz est lié au fait que « c’est une course dont on parlait pas mal dans mon club de triathlon, pour le challenge natation et la particularité de commencer d’un bateau. Et puis bien évidement, il y a le challenge principal qui est de s’échapper d’Alcatraz, c’est quand même quelque chose et ce sera un sacré souvenir ». Elle nous a avoué que « cette course est définitivement dans le top trois de mes meilleures courses, le cadre et la course elle-même étaient juste exceptionnels ». Désormais, elle se tourne vers de nouveaux challenges : « IronMan Vittoria Gasteiz le 10 juin. Ensuite repos pour préparer 2023 qui sera soit focalisée sur un nouvel IronMan, soit sur une ultra distance en vélo (Paris – Brest – Paris), le choix est difficile ».

 

Killian Tanguy