#76 – Vendredi 05/03 : Ohana : Claire MICHEL – Et après Rio avec la préparation mentale ?

Tous les jours en quelques minutes avec Olivier DE SCHUTTER(@olideschut), fondateur de la marque Ohana Triathlon (@ohana_tri), on vous parle de #Triathlon et de sports d’#Endurance.

Cette semaine, on vous parle de #PréparationMentale sous l’angle de notre nouvelle invitée #Claire MICHEL (@ClaireMichelTri) : Triathlète Professionnelle Belge.


📝 La retranscription de l’épisode

Ermanno : Bienvenue dans le podcast Ohana Triathlon. Je suis Ermanno et avec Olivier De Schutter, chaque jour de la semaine, en quelques minutes, on vous explique comment débuter, progresser et enfin performer dans le triple effort. Aidez-nous à faire grandir la communauté en partageant ce podcast au plus grand nombre et en laissant une revue et une note sur le podcast. Ça nous aide vraiment à progresser et à monter dans les classements. Assez parlé, place à notre épisode du jour. Salut les sportifs, c’est Ermanno ! Et vous êtes dans le dernier épisode de la semaine du podcast. À mes côtés, Olivier De Schutter. Salut Olivier! 

Olivier : Salut Ermanno. On ne voit pas le temps passer cette semaine. 

Ermanno : On n’a pas vu le temps passer, mais on est sur le dernier épisode de la semaine. On finit la semaine, donc je suis persuadé que notre invité a toujours de belles histoires à nous raconter. et justement comme on parle de notre invité et bien accueillons Claire Michel. Salut Claire !

Claire : Bonjour. 

Ermanno : On finit la semaine. On s’était dit qu’on irait jusqu’à Rio, donc ça c’était fait. On en a parlé hier. Peut-être juste quand même pour commencer l’épisode d’aujourd’hui, qu’est ce qui s’est passé à Rio et quel impact ça a eu après justement, sur ta motivation, ta préparation mentale pour les prochaines étapes?

Claire : Ce rêve d’enfance d’aller aux Jeux olympiques. Finalement, j’ai pu décrocher la qualification. Mais malheureusement la performance du jour était pas très loin en dessous de mes attentes. Donc pour la petite histoire on arrive, on est le long de Copacabana. Il faut s’imaginer sur la plage.

Ermanno : J’imagine très bien. Ça doit pas être paradisiaque du tout par-là, horrible, puis en plus le jour des J.O. ohlala quelle horreur haha.

Claire : Haha. C’est un 400 mètres dans l’océan, une Grande Boucle qui est assez rare. Normalement c’est deux boucles de 750 mètres. Le grand coup de départ, on court sur la plage, 55 femmes, on saute dans l’eau et en fait, en sortant de l’eau assez vite en natation, je commence à respirer à droite, à gauche et après je vois qu’il y a deux groupes qui se séparent dans l’eau.Et donc il y a un effet quand même drafting comme le peloton à vélo et moi j’étais entre les deux groupes assez vite et je me dis ça c’est pas bon du tout. Surtout en eau libre parce que l’effet des vagues est encore plus important. Déjà que la natation n’est pas toujours mon point fort, mais quand même je sors souvent 45 secondes de la première en sortant de la natation, ça c’est un peu la norme pour moi. Et là je sors à presque deux minutes de la tête, c’était vraiment très loin. Et pour nous, parfois dans une course amateur ça peut faire cinq minutes entre la première et la dernière, mais je peux dire ici dans le top 55, c’est énorme. Et donc je me retrouve en transition presque seul. Je me retrouve presque seule à vélo. Mais je me dis ok, la tête dans le guidon, tu roules le plus vite possible, tu fais ton meilleur. Et en course, c’est le grand boulevard qui longe la plage. Donc, c’est le même parcours qu’à vélo. Et il y a une règle qui dit que si on est doublé, on est obligé de sortir du parcours. C’est une règle de sécurité puisqu’on va pas avoir des vélos et des coureurs sur le même parcours. Ce qui est logique, mais quelque chose qui m’était jamais arrivé jusqu’à ce moment-là. Du coup il y a un motard qui s’arrête derrière moi et qui me dit il faut t’arrêter ici, vous allez vous faire doubler. Et je me dis que c’est pas possible quoi, c’est pas possible. Mais effectivement, je regarde derrière moi et il y a le train de Nicola Spirig, la Suissesse qui, pour finir a la médaille d’argent, qui vient et donc je m’arrête. Il me dit d’attendre jusqu’à un autre officiel qui vient me chercher et pouff, émotionnellement, c’était très, très, très dur. Grosse, grosse, grosse déception, assez embarrassant je trouvais. 

Ermanno : On sent l’émotion dans ta voix.

Claie : Oui, franchement, c’était très, très lourd. Je me suis effondrée en larmes. Je me dis mais c’est pas possible. Pour la première fois que je me fais doubler de ma carrière, c’est aux Jeux Olympiques et j’étais juste devant la zone de transition donc il y avait la foule juste devant. Il y avait plein de monde et j’étais là avec mon vélo. C’est pas possible et en fait à ce moment-là, il y avait vraiment tout le monde au bord qui se mettait à m’applaudir. J’ai trouvé ce moment-là vraiment : paradoxe d’émotions, que je pense n’oublierai jamais parce que c’était vraiment une reconnaissance d’être sur l’autre côté du parcours. C’était une reconnaissance de ce que ça veut dire de se qualifier pour les Jeux olympiques et du travail que ça fait. Manifestement, ce n’était pas pour la médaille d’or ou pour une médaille, mais c’était vraiment… tu as fait le mieux possible, t’as fait ce que tu pouvais pour représenter ton pays. Et manifestement, ce n’était pas ton jour mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas être fière d’être là, de simplement faire partie du top 55 mondial. Et c’est vraiment à ce moment-là que je me suis dit : “Je vais revenir dans quatre ans, ou maintenant dans cinq ans, et je vais refaire ce truc” parce que je trouvais que c’était tellement spécial. Même dans les Séries mondiales, oui c’est un gros niveau mais tu n’as pas ça, c’est encore autre chose. Je trouve que les Jeux olympiques, c’est vraiment autre chose. Donc, j’apprécie beaucoup ce paradoxe d’émotions.

Ermanno : C’est après combien de temps que tu te dis je reviens dans 5 ans ? C’est au moment-même que t’es au bord de la route avec ton vélo. C’est le soir même, c’est le lendemain, c’est après une semaine ?

Claire : Non, vraiment j’avais envie d’applaudir les gens en retour. Franchement je me suis dit mais tu ne sais pas ce que ça m’a fait : merci quoi ! J’étais très touchée par ça et c’est vraiment comme je dis, c’est comme l’art ou la musique, c’est quelque chose qui rapproche les gens.C’est comme ça, comme l’art ou la musique. Tu peux retrouver ces émotions, c’est vraiment un truc unique. C’est un truc unique. Et je me suis dit mais c’est tellement beau que les gens ne me connaissent même pas. C’était pas une belle performance, mais ils sont juste en train de me soutenir et quelle reconnaissance quoi. Et donc, je me suis dit que c’était pas pour rien, mais pour eux, même pour les 25 personnes qui étaient là au bord et qui s’en souviennent sûrement pas du tout. Mais je me suis dit que pour eux je vais essayer  de revenir, de faire ça un peu mieux la prochaine fois, vraiment leur donner quelque chose à applaudir. Et pour moi c’est vraiment ça la beauté du sport. Le niveau n’a pas d’importance, que tu fasses un défi et que ton objectif, c’est de faire ton Iron Man et de juste arriver au bout, tu vas voir peut être le même niveau, les mêmes sensations, les mêmes émotions, la même satisfaction que moi aux Jeux olympiques si j’ai une médaille, tu vois ce que je devais dire. Et c’est ça qui est vraiment incroyable, qu’on puisse retrouver cette même émotion, peu importe le niveau. C’est ça qui est vraiment beau, je trouve, et c’est ça qu’ils applaudissaient. C’était la reconnaissance de l’effort et de la poursuite d’un l’objectif que tu réussisses ou pas. C’est ça qui était vraiment beau.

Ermanno : Et puis, franchement, s’ils avaient écouté notre podcast dans les vestiaires avant, ils auraient su, en plus, d’où tu venais et toutes les peurs que tu avais en vélo et donc ils auraient applaudi encore plus, non ?

Claire : Oui, mais tu sais tout le monde a une histoire, tout le monde a ses peurs, tout le monde a ses trucs. Mon histoire n’est pas unique. Moi, je suis vraiment rien de spécial, mais je trouve, enfin j’espère, que je ne suis pas la seule. Je trouve que ce que j’ai fait n’a rien d’extraordinaire, mais ceci dit que c’est quelque chose qu’on peut tous faire vivre, cette chose extraordinaire.

Ermanno : Faudra quand même qu’on appelle Jean pour lui dire qu’il y a encore du boulot, que tu reconnaisses le côté extraordinaire de ce que tu as réalisé. 

Claire : Mais ceci dit, je pense que j’étais vraiment très, très bas parce que le jour d’après mon entraîneur à l’époque m’a viré parce que ces performances pour lui étaient vraiment un échec. Il a dit “Je ne veux pas être associé à ce type d’échec”. Voilà, j’étais encore plus bas. Il y a deux choses que j’ai faites, une chose que j’ai bien fait, une chose que je n’ai pas bien fait. Donc, après les Jeux, j’ai pris un mois où j’étais allé dans les parcs nationaux aux Etats-Unis avec mon compagnon, on a été marcher, on s’est complètement déconnecté de tout. Je me suis dit j’ai besoin de souffler, j’ai besoin de réfléchir, est-ce que j’ai envie de continuer. Qu’est ce qui marche bien dans mon entourage? Qu’est ce qui ne marche pas bien? Qu’est ce que je dois changer? J’ai vraiment fait une réflexion sur ce que je voulais et comment est-ce que je voulais changer. C’était la chose que j’ai bien faite. La chose que je n’ai pas bien fait, c’est que je n’ai pas assez bien célébré le fait d’avoir quand même été aux Jeux. Et ça, c’est venu plus tard parce que ça m’a pris des mois pour me dire que je suis une athlète olympique, j’ai vraiment eu du mal. Je me disais non, je ne suis même pas arrivée à la ligne d’arrivée. Et c’est grâce à Jean qui m’a dit “Tu sais, quand même…” donc ça c’est un gros travail. Et je le dirai aussi à d’autres personnes que quand tu te fixes un objectif ou un rêve qui est dur, parce que c’est dur par nature, n’oublie pas de célébrer les victoires. Et quand je dis célébrer les victoires, je ne veux pas dire que tu as réussi ton objectif, je veux dire célébrer le fait que tu te sois mis ton objectif et que tu l’aies poursuivi avec toute ton énergie et tout ton cœur. Parce que c’est ça qui est beau et c’est ça qui mérite aussi d’avoir une certaine reconnaissance. Et ça m’a pris du temps et ça paraît un peu bizarre. Même raconter cette histoire, faire des podcasts, d’en parler parfois à des sociétés ou des écoles, ça m’a aidé. C’était un mécanisme pour moi d’assimiler cet échec et de leur reconvertir en mon histoire de réussite. Et mon histoire qui me motive aussi pour continuer et pour persévérer. Et qui fait aussi que pour finir j’ai rejoint ce groupe international. Pour finir, j’ai trouvé un autre entraîneur, que j’ai décidé que je n’étais pas au bout de mon parcours et que je suis toujours ici et que cette fois ci, heureusement, je suis 11ème mondial et pas 55ème mondial. Donc la qualification est un peu mieux passée.  Je me sens beaucoup plus confiante dans ma position en tant qu’athlète. Je ne me sens pas autant comme un imposteur, et que je peux dire aussi je me souviens de ça. J’ai appelé Jean l’année passée, j’étais en stage dans les montagnes en 2019, lors d’un entraînement il y avait beaucoup de montées et descentes, bien sûr. Et il me demande comment ça se passe à vélo. Je lui ai dit “Ah, tu sais quoi? Ça se passe super bien et je prends du plaisir”, il me répond Ah ben voilà, ça fait cinq ans qu’on le recherche. C’est vraiment un processus. Pour revenir sur ce qu’on disait avant a dit avant, en 2004 ou même plus quand j’ai été le voir la première fois, je lui avais dit que je voulais prendre du plaisir à vélo. Ça nous a pris du temps mais on y est arrivé. Ce n’est pas que je prends du plaisir à chaque fois, mais en grande partie, j’aime beaucoup prendre mon vélo.

Ermanno : Olivier, qu’est ce que tu penses de nous arrêter là? Je pense que c’est une très, très belle conclusion.

Claire : Très belle conclusion, effectivement, qui nous donne beaucoup d’espoir. Je pense notamment à la natation pour ma part, donc je me dis que c’est un bon message d’espoir. Tu vois la différence, c’est que je viens plutôt du monde du vélo, je suis mauvais nageur, donc en fait ton histoire a beaucoup d’écho pour moi, même si je n’ai pas forcément les mêmes ambitions que toi. Mais voilà, en tant que triathlète, j’entends tout ce que tu dis et je voulais te remercier en tout cas pour avoir accepté notre invitation cette semaine. Je pense qu’on a appris beaucoup de choses et je pense que ça intéressera aussi tous nos auditeurs. 

Ermanno : J’espère aussi.

Olivier : Quand tu veux pour revenir.

Claire : Merci haha.

Ermanno : Oui, forcément, tu reviendras après Tokyo. Il va falloir débriefer tout ça. Et puis même avant d’appeler Jean, tu nous appelles comme ça on débriefe. Juste avant de te laisser partir, la question habituelle : où est ce qu’on peut te retrouver sur les réseaux, sur Internet, si nos auditrices et nos auditeurs veulent en savoir plus et échanger avec toi. Je crois qu’on peut dire que t’es relativement accessible, t’es super ouverte, super sympa et c’est tout à ton honneur donc ou est-ce qu’on va si on veut continuer à échanger avec toi?

Claire : Je suis sur les réseaux sociaux, plutôt sur Instagram @clairemicheltri et c’est le même pour Facebook, et je suis aussi sur Twitter mais un peu moins souvent. J’ai un site web qui est clairemichel.be et là dessus, je fais une newsletter chaque mois en anglais et en français.Mais voilà donc là en tout cas, je donne un peu les nouvelles sur les courses. J’espère en tout cas. Les courses qui vont venir, les résultats ou ce que je fais en stage, etc. Donc je donnerai des nouvelles. Donc voilà. Mais effectivement, il ne faut pas hésiter.

Ermanno : On va quand même un peu l’annoncer. On en a parlé lundi avec une personne qui va venir dans le podcast tous les lundis pour nous faire un petit compte rendu des courses internationales. On espère que Killian nous parlera de Claire Michel. En tout cas, s’il ne le fait pas, on va lui dire que quel que soit le résultat que tu fais sur les courses pendant le week-end et bah il faudra, de toute façon qu’il te cite, ça sera obligatoire.

Claire : Voilà, merci beaucoup.

Ermanno : Merci encore pour ta disponibilité, pour ta présence, pour tout ce partage d’informations et d’expériences qui sont aussi bien des bonnes expériences que des moins bonnes expériences. Je pense que, comme l’a dit Olivier, c’est très inspirant. Ça devrait aussi beaucoup aider nos auditrices et nos auditeurs pour qui ton histoire pourrait résonner en eux, eux qui pourraient avoir une quelconque peur ou pas, et peut être aussi les faire pousser la porte d’un préparateur mental, d’un coach mental. Et puis, tant qu’à faire, Jean, puisque le travail est bien fait.

Claire : Merci beaucoup et bon week-end.


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co-fondateur du podcast et co-auteur du livre DEVENIR TRIATHLÈTE
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