#435 [SPECIAL PODCASTHON] Du coma à 5ème des Jeux Paralympiques de Paris 2024, le parcours hors du commun de Grégoire Berthon

🎙️ Dans cet épisode, on reçoit Grégoire Berthon, un triathlète passionné et père de famille, pour qui un jour tout à basculer. Après un mois de coma suite à un accident de ski, il doit tout réapprendre.

💬 De son lit d’hôpital à son premier départ en paratriathlon, Grégoire nous raconte son long combat jusqu’à revenir au plus haut niveau et décrocher un top 5 aux Jeux Paralympiques de Paris 2024.

💙 Grégoire est aussi membre et ambassadeur de l’association Sport et Handicap Invisible.

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🏃🏼‍♀️ Notre invité :

💬 La transcription de l’épisode

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Ermanno : Salut les sportifs, c’est Ermanno et je suis très heureux de vous recevoir pour un nouvel épisode spécial de la série Podcasthon. Aujourd’hui, je suis encore tout seul pour faire mon interview, mais j’ai en face de moi un invité, à savoir Grégoire Berthon. Salut Grégoire.

Grégoire BERTHON : Salut Ermanno, salut toute l’équipe.

Ermanno : Écoute Grégoire, je suis super content de t’avoir parce que je t’ai expliqué ça un petit peu en off, mais je vais le réexpliquer pour les auditeurs. La semaine du Podcasthon, c’est vraiment une semaine spéciale où les productrices et les producteurs de podcasts sont invités à mettre en avant des causes, des personnes, du caritatif ou autre. Et moi, ça me tient à cœur de mettre en avant les parathriathlètes. Donc voilà, je suis très heureux de pouvoir te tendre le micro. Et écoute, tout simplement, la première question que je te propose, à laquelle je te propose de répondre, c’est de tout nous dire. Qui es-tu ? Qui est Grégoire Berthon ?

Grégoire BERTHON : Donc ouais, je m’appelle Grégoire Berthon, j’ai 33 ans. Je ne suis pas pas de… Je suis de deux enfants qui ont aujourd’hui 5 et 7 ans. Je suis parathriathlète depuis 3 ans maintenant, quasiment jour pour jour. Parce que le 8 mars 2022, j’ai eu un gros accident de ski, de randonnée. Donc j’ai tapé la tête, j’ai fait un mois de coma, 7 mois à l’hôpital pour tenter de reconstruire un peu toutes les cellules du cerveau. J’ai réappris à marcher, à courir, à parler, j’avais des couches. Donc un peu comme un bébé quoi. Mon cerveau, il a fait un reboot et puis voilà, il est reparti.

Grégoire BERTHON : donc ça en est suivi, donc 7 mois comme ça. Un an après, je me souviens avoir revu le médecin de l’hôpital parce que j’étais un peu en dépression. En fait, moi, je ne savais pas que j’étais handicapé. Mon seul objectif, c’est de redevenir comme avant. Et lui, il m’a dit, mais Greg, c’est encore comme ça au bout d’un an. C’est que tu vas rester comme ça. Là, tu es handicapé et tu vas peut-être un petit peu progresser, mais ça va sensiblement être pareil. Toi, tu fais du sport, remets-toi à faire du sport comme avant. Tu as une catégorie de handicap qui ne va pas t’appartenir. Et moi, en tant qu’ancien triathlète de bon niveau chez les Vannis, je me suis dit, allez go. Là, on est en février 2023. Donc les Jeux, c’était dans un an et demi. Je me suis dit, on va quitter les handicaps. Si on est handicapé, autant essayer d’aller au jeu.

Grégoire BERTHON : Et j’ai réussi. Je me suis retrouvé sur le pont Alexandre III en septembre à côté de tous les copains. Jules, Péa, toute la clique.

Ermanno : J’ai oublié de te demander un truc. Ça te dérange si j’enregistre la vidéo ? Non, pas du tout. Ok, ça va. Ne bouge pas. Les auditeurs qui nous regardent sur YouTube n’auront pas l’intro. Mais c’est pas grave. Ils pourront écouter le podcast pour avoir l’intro s’ils veulent regarder après sur YouTube. Ouais, donc belle histoire. Sacrée histoire. Justement, avant ton accident, avant le 8 mars 2022, effectivement, ça fait presque trois ans jour pour jour. C’était qui, Greg Berthon ? T’as dit que t’étais un triathlète amateur. C’est-à-dire, t’as commencé le triathlon quand ?

Grégoire BERTHON : J’ai commencé le triathlon en 2005. Je suis de 91. J’ai commencé quand j’étais au collège. J’ai toujours beaucoup de sport. Beaucoup de natation. Un peu de judo, un peu de rugby, un peu de course à pied. Et puis, au bout d’un moment, mes parents m’ont dit de choisir. Ils m’ont dit, non, mais Greg, il va falloir choisir. Si tu veux, on t’applique à un triathlon. Ça peut te plaire. Moi, j’adorais les crosses à l’époque, les crosses de l’école et tout ça. Du coup, je me suis dit, pourquoi pas ? C’est vrai que la course à pied, je gère un petit peu. Natation, c’est mon sport d’enfance. Allez, on y va. Et j’ai essayé. Effectivement, j’ai adoré. Il y avait… Je suis lorrain. Alors, j’ai essayé de faire des courses à pied. Et à côté de chez moi, il y a à Nancy, au Krebs de Lorraine, il y avait un pôle espoir de triathlon. Donc, c’est vrai qu’après, je me suis intéressé un peu au triathlon. Et sur les courses régionales, il y a toujours l’évêque du pôle qui était là. Et du coup, j’ai intégré le pôle en seconde, le pôle espoir. Donc, j’étais en sport et études de triathlon à ce moment-là. J’ai eu deux titres de vice-champion de France Junior. Après, je me suis retrouvé au pôle France à Montpellier. J’ai travaillé avec notamment à Pierre Lecor. Où là, je m’entraînais sérieusement. Je faisais quasiment que ça. Mais après, voilà. Soit entraînant, soit tu perds, soit tu trouves autre chose. J’ai choisi autre chose. Avec ma femme, je suis revenu dans le Pays de Jacques. Elle est originaire du Pays de Jacques. J’ai monté mon magasin. J’ai fait une école de commerce. J’ai fait mon magasin de running triathlon. Et après, j’ai eu des enfants. Et voilà, je passais principalement mon hiver à skier et mon été à faire du trail. Donc, ski et quand j’ai skié, c’est ski de rando ou ski de fond.

Ermanno : OK.

Grégoire BERTHON : Et j’ai eu justement mon accident en ski de rando. OK.

Ermanno : Donc, tu n’étais pas un triathlète si amateur au sens noble du terme que ça. Tu avais déjà commencé à bien évoluer, bien progresser et performer.

Grégoire BERTHON : Oui, oui. Oui, j’ai un parti de triathlète quand même. C’est pour ça que j’étais revenu en un an et demi. J’ai réussi à me qualifier. Le jeu, ce n’est pas pour rien. Je ne vais pas être démarré de triathlète à ce moment-là.

Ermanno : Tout à l’heure, tu me disais qu’après ton accident, ton cerveau a fait un reset total. Tu es redevenu à l’état presque de bébé, en fait. Tu avais des incontinences. Tu n’arrivais pas à bouger. Il fallait que tu réapprennes à marcher, à parler, à te mouvoir, etc. Tout ça, c’est des choses qu’on ne pense pas forcément quand on est confronté, quand on échange avec des gens qui sont devenus handicapés, qui ne sont pas handicapés de naissance. Mais bon, ça fait partie aussi de la reconstruction. Ce reset que ton cerveau a fait, tu as laissé des séquelles en termes de mémoire ou autre chose ?

Grégoire BERTHON : Oui, mon handicap, c’est un handicap qui ne se voit pas déjà. C’est un handicap neurologique. Mais le principal problème maintenant, c’est la coordination des mouvements. C’est la taxie, c’est la spasticité aussi. C’est le problème d’équilibre. Ça ne se voit pas. J’ai tous mes membres. Mais en fait, comment le cerveau fonctionne ? J’ai tous mes membres. Ils sont tous à 70-80 %. Je ne sais pas combien exactement. Mais voilà, il suffit de me regarder courir. Quelqu’un qui ne s’y connaît pas du tout, il va me voir courir et il va me dire « Tu te débrouilles mieux en courant qu’en marchant. » Après, quand je cours assez vite, en allure-course, je vois que ça se dégrade quand même. Je vois que sur un 5 km par rapport à avant, je perds 3 minutes. Et pourtant, je suis plus entraîné qu’avant. Donc, les 3 minutes, ce n’est pas l’âge qui fait ça. C’est mon handicap. Et ça se voit un petit peu. Je ne suis plus capable maintenant, par exemple, de faire des éducatives en course à pied, faire du trail, faire du ski de fond. C’est des trucs qui demandent trop d’équilibre, trop de coordination. Je n’en suis plus capable.

Ermanno : Ok. Et ton accident, justement, tu nous as dit que tu étais tombé en ski de rando. Ça s’est passé comment ? L’idée, c’est peut-être justement de… Prévenir, tu vois, ce genre d’accident qui peut arriver. Notamment, je m’imagine qu’il y a beaucoup de gens dans nos auditrices et nos auditeurs qui partent au ski, qui vont faire du ski alpin, qui vont faire du snow, qui vont faire du ski de rando, etc. Et comment est-ce qu’on peut éviter ce genre de problème ?

Grégoire BERTHON : Alors, bon, déjà, un accident, on ne l’évitera jamais. C’est pour ça que ça s’appelle un accident. Mais par contre, l’erreur que j’ai faite, et j’ai eu énormément de chance qu’on me voit, c’est que je suis parti tout seul. Après, je n’étais pas parti pour faire un truc de dingue. Je repérais une course. Il y avait lieu deux semaines après mon accident. Il fallait monter 2000 mètres de dénivelé et après redescendre. Il y avait une petite partie en hors-piste. Puis, on rejoignait les pistes et on continuait. Donc, ce n’était rien d’extraordinaire. Moi, malheureusement, comme je ne connaissais pas du tout, je me suis perdu dans l’hors-piste et je suis resté en hors-piste. Et en fait, je suis arrivé à un endroit qui est assez craignos au niveau de la neige. Enfin, c’est… À la période-là de l’année, ce n’était pas bon. Il n’y avait pas assez de neige. Et en fait, je suis tombé en face de la mer de glace à Chamonix. Donc, il n’y avait pas de piste de ski. Mais l’avantage, c’est qu’il y a un touriste qui descendait des sièges là, qui amenait la mer de glace, qui m’a vu, et qui a dit au gars du siège, qui m’a dit, mais qu’est-ce que tu fais là, le skieur ? Et TG, c’était un ancien moniteur de ski, il s’est dit, lui, tout seul à ce moment-là de l’année, ça ne sent pas bon. Du coup, il a sorti les jumelles. Et il m’a regardé. Et il a vu la chute. Donc, c’est heureusement qu’il était là. Enfin, s’il n’avait pas été là, s’il ne l’avait pas vu, ce serait encore là-haut.

Ermanno : OK.

Grégoire BERTHON : Et donc, c’est lui qui a appelé l’hélico. Et l’hélico, il est venu… Pareil, j’ai encore eu énormément de chance. Il est venu en 15 minutes. Parce que quand il a appelé l’hélico, l’hélico était déjà en vol. Et j’étais un petit peu sur le chemin. Et j’étais plus urgent que son intervention. Du coup, il m’a récupéré. En 15 minutes, j’étais déjà en vol. Et j’étais descendu à 32 degrés. Donc, autant dire que… Et normalement, quand tu l’appelles, quand l’hélico, il est encore garé, il met 45 minutes pour venir. Là où j’étais. Donc, s’il avait mis 45 minutes pour venir, il aurait sans doute retrouvé un cadavre. Donc, ça, plus de ça, plus de ça, je me dis que, ouais, c’était pas mon heure. Donc, il m’a récupéré. Après, ouais, ça en est suivi. Alors, de 8 jours de coma profond. Et après, c’est ce qu’on avait avec l’APT, c’est l’amnésie post-traumatique. C’est grosso modo, c’est le cerveau qui n’est pas branché. J’avais les yeux ouverts, mais j’étais pas capable de parler, pas capable de… En fait, j’oubliais mon cerveau, il avait une batterie de 2 heures, quoi. Deux, trois heures après, j’avais oublié qu’il était venu me voir. Ma femme, je la reconnaissais, mais pas mes enfants. Je me suis jamais demandé, par exemple, pourquoi j’étais dans un lit d’hôpital. Pour moi, j’étais là, et puis les gens venaient me voir. Il y avait certaines questions qui ont mis un certain temps avant d’arriver. Donc ça, les questions ont mis quasiment un mois pour revenir. Donc, c’était une forme de coma, mais beaucoup plus légère. Et après, ça en est suivi. Ouais, 7 longs mois à l’hôpital pour réapprendre, quoi.

Ermanno : C’est chaud, quand même.

Grégoire BERTHON : Ouais, c’est… C’est un passage de vie très difficile, mais qui est intéressant parce que, mine de rien, on se rend compte, quand on est dans ce genre de situation, qu’on va savourer après le moindre coup de pays. On va se rendre compte de la chance qu’on a d’être là, d’être avec ses enfants, de partir en vacances, tout ça. Donc, oui, c’est quelque chose, mais finalement, je ne regrette pas. Ça m’a renforcé, je dirais.

Ermanno : Je ne te le fais pas dire. Tout à l’heure, en off, on parlait de Thibaut Rigaudot, qui est malvoyant. Moi, alors, je ne suis pas… Je ne suis pas encore au stade du handicap, mais j’ai aussi des problèmes de vue et on n’est pas loin du handicap invisible, quand même. Et c’est vrai que quand tu te rends compte que tu n’arrives plus à voir correctement les gens, ta famille, tes enfants, après, tu savoures chaque moment. Et même quand tu es à 30 secondes de ton fils qui te hurle dans l’oreille, mais tu vois son visage et tu savoures, quoi.

Grégoire BERTHON : Ah oui, non, mais c’est sûr.

Ermanno : Ce mois, justement, de coma un peu plus léger, d’amnésie post-traumatique, j’imagine que tu ne t’en souviens pas.

Grégoire BERTHON : Ou maintenant, tu as des souvenirs Non, alors, j’ai quelques souvenirs qui me reviennent. Parce que, par exemple, j’étais défasé. Je dormais très mal et j’étais sous médicaments pour dormir. Et je me souviens, des fois, à certaines nuits, je me réveillais. Comme je n’étais pas capable de marcher, je me réveillais en rampant dans le couloir de l’hôpital et je rampais pour trouver les infirmières. Mais dans un couloir d’hôpital, il n’y a rien, il n’y a personne. Les infirmières dorment, quoi. Elles sont là, mais elles n’étaient pas à la sortie de ma chambre. Et du coup, je me rappais les genoux, j’avais les genoux en sang. Ça, je m’en souviens, par exemple. Mais c’est tout, après, je m’en souviens. C’est l’avantage, on vit dans une génération où on a les téléphones, donc on m’a pas mal pris en photo, en vidéo même. Et là, quand je vois les vidéos, je me dis, j’ai fait du chemin, parce qu’entre la parole, il y a des problèmes pour articuler, par exemple. On ne me comprenait pas. quand je vois les mouvements, tout ça, ça me fait des… Je me dis, je reviens de loin, quand même.

Ermanno : Et justement, là-dessus, comment est-ce que tu… Alors, toi, j’imagine et je comprends que tu ne te percevais pas forcément comme ça, sauf peut-être que tu avais peut-être des moments d’incompréhension interne où tu essayais de parler, puis comme tu le disais, tu n’arrivais pas à articuler, donc les gens ne te comprenaient pas. Donc peut-être qu’à ce moment-là, tu ressentais quelque chose dont tu ne te souviens pas maintenant. Ensuite, quand tu commences à reprendre conscience de tout ça, quand ton cerveau se rebranche, pour ainsi dire, comment se met en place ta nouvelle vie, la rééducation ?

Grégoire BERTHON : Le cerveau va se remettre en place, mais très progressivement.

Ermanno : Oui, ce n’est pas du jour au lendemain.

Grégoire BERTHON : Non, ce n’est pas du jour au lendemain. Au début, mes enfants, par exemple, je me disais « Ah oui, c’est vrai, j’ai deux enfants. » Dans ma tête, ils avaient six mois et un an. Alors qu’au moment de l’accident, ils avaient deux et quatre ans. Donc il manquait des bouts. Et après, je ne me souvenais même plus de l’adresse de chez moi. Et après, on reconnaît, on se rappelle après des têtes de naissance. Je travaillais beaucoup ça avec la neuropthie. Donc ça a mis énormément de temps, je dirais que ça a mis au moins six mois à revenir. Et puis après, avec les téléphones portables, on voit les photos, on se rappelle de souvenirs, on parle de souvenirs avec les téléphones, avec les photos et tout ça. Et du coup, ça revient. Mais est-ce que ça revient parce que j’ai vu les photos, ou est-ce que c’est revenu parce que les cases dans le cerveau se sont un peu reconnectées ? Je ne sais pas vraiment. Toujours est-il que là, maintenant, on va dire, s’il me manque des trucs dans ma tête, je ne sais pas. En fait, comme j’ai oublié, à la limite, ce n’est pas grave. J’ai l’impression qu’il ne me manque rien. Mais en tout cas, moi, comme je n’ai jamais su non plus que j’étais handicapé, en fait, depuis toujours, depuis le normal, mon accident, mon objectif, c’est de redevenir comme avant. C’est-à-dire que quand je ne marchais pas, je me disais, je vais remarcher, je recours comme avant

Grégoire BERTHON : pour essayer d’y arriver. C’était vraiment le jour où on m’a dit que j’étais handicapé, que j’allais rester comme ça, où finalement, c’est un peu une mauvaise nouvelle, mais en fait, ma femme, c’est pareil, il y a eu des mots sur mon mal-être. Il y a eu un mot, il s’est dit, il est handicapé, ma femme, elle m’a dit, mais en fait, je suis content que tu sois handicapé. Enfin, tu n’es pas comme avant, tu n’es pas normal, je suis le seul à le voir. En fait, le fait que tu sois handicapé, c’est cool pour moi, au moins, je vous… Enfin, t’es reconnu comme tel, quoi. T’es un boulet, quoi.

Ermanno : Bon, c’est violent, c’est compréhensible, mais c’est violent quand même.

Grégoire BERTHON : Non, mais quand t’es toute la journée avec moi, enfin, oui, elle avait trois enfants à la maison. Donc, non, et puis même moi, j’étais content de me dire, OK, bah, ouais, en moi, en fait, j’étais un peu le père, un peu le père, un peu le père, un peu le père, du jour, quoi. J’étais pas handicapé, mais pas comme avant non plus, donc pas aussi performant. Et puis, ouais, j’étais même pas normal, quoi. Enfin, quand tu vois…

Grégoire BERTHON : Le fait d’avoir un handicap invisible, des fois, il y en a qui me disent, d’être handicapé, ils me disent, ah, bah, c’est cool, au moins, t’as pas le regard des gens. Alors, oui, il y a ce côté-là qui dit, oui, t’as pas le… Je suis pas en fauteuil roulant, les gens s’habitouent pas sur mon sort quand ils me voient directement. Mais par contre, quand tu fais une randonnée, avec les gens, avec les enfants, et qu’eux, ils passent en étant super à l’aise, et que toi, t’es derrière, avec deux bâtons en bois que t’as trouvés, et que tu galères à les suivre, et que t’as deux à tomber, déjà, tu regardes un peu comme un boulet, quoi. Ou alors… En fait, c’est mon cervelet qui a été broyé. Du coup, ça s’appelle le syndrome pérébéleux. Et les symptômes, c’est typiquement les symptômes d’un mec bourré, du mal à articuler, du mal à marcher, quelqu’un qui titube un petit peu, et du coup, on m’a déjà dit, on m’a déjà demandé s’il avait bu de l’alcool à 11h du matin. Non. Non. Et quand, par exemple, on va prendre un avion avec ma famille, et qu’on est à la bourre, comme d’hab, et qu’il y a ma femme qui prend les deux enfants dans les bras, le sac à dos, et qu’il court, et que moi qui suis derrière, qui galère avec la peine mon sac à dos, et que les gens me regardent à venir, mais mon gars, sors-toi les doigts, arrête, enfin suis, quoi. Ben là, t’as qu’une envie, c’est de sortir une pancarte, et dire, je suis handicapé, je n’y arrive pas. Et c’est là où, en fait, le regard des gens, oui, tu ne l’as pas, mais du coup, des fois, t’as le regard des gens, a contrario, qui te dit, mais mon gars, pourquoi tu fais ça ? Parce que ce n’est pas marqué sous mon front. Et des fois, j’ai envie, j’ai envie de me justifier en disant, non, mais, je n’y arrive pas parce que je suis handicapé. Bon, alors, maintenant, avec les gens que je connais très bien, avec ma femme et les amis, des fois, j’en joue exprès, je fais exprès de dire, non, mais ça, je ne peux pas le faire, je suis handicapé. Comparativement, il faut débarrasser la table, des choses comme ça, ça m’arrive un petit peu.

Ermanno : Ouais, bon, t’as raison, t’as raison, de temps en temps, il n’y a pas de mal à faire ça, quand même.

Grégoire BERTHON : Après, non, mais il suffit de l’écouter, ma femme, elle dit, oui, mais bon, en vrai, quand tu te lèves et que tu aides pour débarrasser la table, tu fais tomber les assiettes, les verres, et tout, donc des fois, c’est moi qui te dis de rester assis, quoi.

Ermanno : Voilà, vu comme ça, écoute, tu rends service, tu ne débarrasses pas la table, comme ça, c’est évident.

Grégoire BERTHON : Et puis, on s’adapte, en fait, on est, moi, quand je, c’est une petite anecdote, mais au village paralympique, c’est un peu la cour des miracles, quoi, il y avait tous les handicaps du monde réunis dans un même village, quoi, un micro-village, et c’était assez impressionnant, parce qu’en plus, pour le coup, les handicapés du village olympique, c’est un peu la crème des handicapés, c’est un peu ceux qui sont capables de faire des trucs qu’un handicapé normal ne va pas être capable de faire, et je me souviens, moi, le premier jour, je ne sais plus si c’était des colombiens, je ne sais plus la nationalité, mais je vois un mec qui mange avec ses pieds, et je me dis, oh, la vache, les étrangers, quand même, là, ils n’ont pas été élevés comme nous, quoi, et non, en fait, j’étais en âme, parce que le gars, en fait, il n’avait pas de bras, il mangeait avec ses pieds parce qu’il n’avait pas de bras.

Ermanno : Ouais, écoute, ça doit créer des situations cocasses, en effet, ouais.

Grégoire BERTHON : Ouais, mais, et c’est là où, en fait, tu te dis, mais les gars, en fait, ils coupaient sa viande, mais presque mieux que moi, quoi, donc, là, après, on voyait une équipe de nains, et ben, franchement, ils étaient, ils se débrouillaient vachement bien, ils nous ont filé un téléphone au jeu, c’est un téléphone pliant, là, comme ça, parce que, moi, j’avais du mal à le prendre avec ma petite motricité fine au niveau des doigts, j’avais du mal à le prendre, j’avais peur de le faire tomber, au début, quand j’ai vu le gars qui le faisait avec ses pieds, j’ai dit, ben, mon gars, avec ses deux mains, tu vas être capable de le faire, quoi, donc, donc, non, c’est, en fait, nous, les handicapés, on est nombreux, et puis, quand je vois Louis Noël, par exemple, qui est en équipe de France, par un triathlon, qui gère son fauteuil, mais, moi, j’en ai fait du fauteuil, je le sais très bien, moi, en plus, j’avais des problèmes de coordination et tout ça, donc, je n’étais vraiment pas doué, mais lui, quand je le vois sur son fauteuil, en fait, bon, il est navèque, mais il le gère, et, il est excellent, quoi, il n’a pas besoin d’aide, il est capable de monter dans sa voiture, conduire, mettre son fauteuil sur le côté, enfin, il gère très bien, je suis parti, j’ai fait la coupe du monde de Montréal avec lui, j’étais bluffé, parce que c’est lui qui s’occupait de moi, c’est pas moi qui m’occupais de lui, hein, et, pourtant, c’est un mec en fauteuil qui n’a pas de jambes, donc, non, les handicapés, dire, enfin, on est tous, au bout d’un moment, on s’adapte tous, en fait, on n’a pas besoin d’avoir, disons, le regard, le regard de piqueté qui, non, en fait, on est, on fait différemment, on en fait.

Ermanno : Justement, cette adaptation-là, toi, il t’a fallu longtemps pour la mettre en place, parce que, déjà, quand tu nous dis que t’avais pas conscience que t’étais handicapé, et puis t’arrivais pas à marcher, tu rampais sur les couloirs, enfin, le long des couloirs pour aller chercher une infirmière, excuse-moi, là, on est déjà quand même un petit peu dans l’état d’esprit du sportif de haut niveau, le mec qui s’adapte et qui essaye de trouver une solution à ses problèmes.

Grégoire BERTHON : Ouais, non, mais, en fait, oui, moi, j’ai jamais eu besoin d’adaptation, en fait, parce que, bah, il ne manque rien, et, euh, et tout va bien, finalement. Ça marche moins bien, mais, euh, j’ai pas eu de, non, j’ai pas eu de, j’ai pas eu d’adaptation, et puis j’ai pas eu vraiment eu le choix, non plus. Mes deux petits-enfants, quand je suis revenu de l’hôpital, mon petit, donc, il avait deux ans et demi, il commençait à faire du vélo, sans roulettes, et, bah, ouais, bah, son papa, il a été obligé de faire du vélo, aussi, en même temps que lui, pour faire du vélo avec. C’était pas concevable pour moi de que lui m’attende en vélo, quoi. Donc, euh, donc, en fait, bah, ça, ça tire vers le haut. Et c’est peut-être pour ça que j’ai réparé, enfin, que j’ai progressé aussi rapidement. Parce que ma femme, elle m’a dit, ma femme, elle m’a pas laissé le choix, non plus, après le, après l’hôpital, elle m’a dit, Greg, si tu restes comme ça, il y a peu de chance que ça continue, quoi. Parce que, parce que, voilà, fallait, fallait, fallait se remonter les manches et y aller. Et je me souviens, quand j’avais vu l’équipe de l’hôpital en février 2023, quand j’avais vu mon médecin, toutes les infirmières, donc elles se souvenaient très bien de moi, hein, parce que j’étais le genre de patient à faire des, à me faire tomber sur le lit, si j’avais un lit, j’avais un matelas par terre, en fait. Sinon, je tombais du lit. J’étais du genre à me laisser tomber du fauteuil, donc j’avais le fauteuil sur les, sur les, sur les fesses, en fait, et faire des pompes sur mon lit pour faire un peu de sport. Sauf qu’après, bah, j’étais pas capable de me redresser, donc j’avais des infirmières qui me redressaient. quand je, ouais, quand je repense à ça, je me dis, elles se souvenaient de moi, elles se souviennent encore de moi maintenant. J’étais un peu particulier. Et du coup, quand je suis allé les revoir, elles m’avaient demandé si j’étais encore, encore, encore en couple, t’es avec les enfants, ça c’est bien. J’avais dit oui, oui, oui, tout va bien. Et, bah, elles étaient surprises. Parce que la plupart des TC, traumatistes crâniens, bah, finalement, après leur accident, bah, ils arrivent plus à maintenir leur couple. Donc, ça, c’est quelque chose que, ouais, moi, ça m’a servi. C’est, ma femme m’a beaucoup

Grégoire BERTHON : aidé, et le sport m’a beaucoup aidé. Le fait de, en fait, j’étais en dépression après, quand je suis revenu à la maison, parce que, bah, j’avais plus aucun but, plus aucun objectif, plus aucun projet. Je me levais le matin en me disant, on va essayer de progresser pour redevenir comme avant. Mais, quand c’est très lent, quand ça avance pas, c’est très compliqué. Et, en fait, le jour où j’ai vu le médecin qui me disait ça, bah, le lendemain, je retournais à la piscine pour m’entraîner, en me disant, tiens, dans un an et demi, il y a les jeux. Je suis pas du tout sûr de les faire, mais il y a les jeux. C’est quand même, c’est quand même quelque chose qui m’a nourri d’ambition et de projet pendant toute ma rééducation. Après, je me suis dit, bon, bah, du coup, après, bah, tu as de nouveau des objectifs, de nouveau des projets, et tu reconstruis ta vie comme ça. Ma femme a connu en 28 triathlons, donc elle a retrouvé un peu son grec d’il y a 15 ans, quoi.

Ermanno : Et comment on se lance, justement, dans un projet paralympique comme ça, surtout à un an et demi ? On sait que les projets olympiques et paralympiques, c’est souvent des campagnes de 4 ans qui commencent le lendemain de la fin de l’édition et tu commences à te préparer pendant 4 ans. Te préparer aux sélections, et te préparer aux qualifications, etc., etc. Comment on construit un projet comme ça en 18 mois ?

Grégoire BERTHON : Eh ben, alors, moi, ça allait vite. Parce que je me souviens avoir appelé mon entraîneur, enfin, avoir appelé mon ami qui s’entraînait avec moi à Montpellier, Bertrand Béat, qui maintenant, il entraîne les gars en Équipe de France de paratriathlon, non Thibaud Rigaudot. Il entraînait, là, il vient de changer, mais… Donc, je savais qu’il entraînait les paratriathlètes, et je lui ai dit, je l’ai appelé directement pour lui dire, écoute, Bertrand, s’il avait suivi mon accident, je lui ai dit, écoute, Bertrand, en fait, je crois que je vais rester handicapé, du coup, ben, je vais refaire du paratriathlon, il en faudra un coach. Et lui, en même temps, me dit, mais écoute, appelle Sif. Sif, c’est Sif Fathouri, c’était mon entraîneur de Montpellier. Il dit, maintenant, il vient un petit peu des Équipes de France de paratriathlon, appelle-le. Donc, je l’ai appelé directement. Il m’a dit, mais Grey, ben, écoute, je suis désolé de l’apprendre, mais la bonne nouvelle, c’est que pas très loin de chez toi, dans le mois d’avril, donc février, mars, avril, ça laisse trois mois, il y a le test de sélection pour la championnat d’Europe. Et, ce même jour, tu pourras te faire classifier. Donc, rentrer, savoir dans quelle catégorie tu vas être, ton handicap, en fait, voir la gêne que ton handicap a sur ta pratique. Et donc, il me dit ça, et du coup, ben, moi, c’était, j’étais directement mis dans le mal, quoi. Il me manquait juste un peu des repères. Je ne savais pas dans quelle catégorie j’allais être, je ne savais pas mes concurrents, le niveau qu’ils avaient, mais je me dis, voilà, j’ai trois mois pour le faire. Et je me dis, en fait, je n’ai pas réfléchi, je me suis dit, au pire des cas, même si ça ne marche pas, ben, le sport, ça me permet de me rééduquer. Et donc, j’arrivais à Montélimar, et j’étais classifié en PTS3, donc handicap lourd, et j’ai gagné la course. J’ai été qualifié pour la championnat d’Europe, étant en juin. Donc, en fait, c’était parti, quoi. Après…

Ermanno : Donc, en février, tu dis, tiens, je vais y aller. En avril, tu te pointes là. En juin, tu as la championnat d’Europe, et puis un an après, tu as les JO, quoi.

Grégoire BERTHON : Ouais. Après, il y a eu des changements sur la championnat d’Europe. Justement, tu fais une classification internationale. Tu as la classification nationale, puis internationale, qui donne un peu le… qui dicte la loi, grosso modo. Et la classification internationale, ils m’ont classifié en PTS4. Donc, handicap lourd, PTS3, handicap PTS4, handicap moyen. Et là, ils m’ont mis, du coup, dans la même catégorie qu’un Alexis, en claquant, qu’un Pierre-Antoine Bey. Donc, à l’époque, c’était le numéro 1 et le numéro 2 mondiaux, quoi. Donc, je me suis dit, bon, là, tu arrives dans une catégorie où c’est un peu la catégorie phare, quoi. Mais bon, c’est pas grave. Tant mieux. Au moins, ça crée un challenge, quoi. Enfin, quand tu viens du monde des valides où on est 50 pour deux places, bon, ben là, c’est… On était juste 3 pour deux places, quoi. C’est… Bon, par contre, les écarts étaient conséquents. Et surtout qu’au championnat du monde, 2023, j’étais pas qualifié. Du coup, forcément, peut-être 4, j’avais plus ma place. J’étais le troisième de la roue. Il fallait faire dans les deux premiers au championnat du monde pour remplir un critère de sélection pour les Jeux. Donc, Alexis gagne. Pierre-Antoine fait 2. Du coup, il remplit ses critères. Du coup, moi, je suis arrivé là, un petit peu en mode, oh, ben, j’arrive quand même dans la catégorie où c’est gelé, quoi. Je peux pas… Et après, les sélectionneurs m’ont dit, mais en fait, même si tu bats Pierre-Antoine, maintenant, comme il a fait les critères, peux pas vraiment lui passer devant. Donc, ben, j’étais un peu coincé, clairement coincé. Après, ils m’ont dit, après, il peut y avoir une invitation qui peut être faite. Et d’ailleurs, en début d’année 2024, du coup, je gagne… Enfin, non, je gagne pas. Il y a une Coupe du Monde à Besançon où Alexis gagne. Je fais 2. Et Pierre-Antoine fait 3. Après, il y a une autre Coupe du Monde à Sanctiopédia. Moi, je me suis qualifié parce que je me suis trompé dans le parcours vélo. En fin juin, il y a une Coupe du Monde à Montréal où là, Alexis gagne. Moi, je finis 2. Et le troisième, c’était le vice champion paralympique, l’Américain, Carlson. Et le quatrième, c’est l’Espagnol qui fait 3 aux Jeux. Donc, j’étais quand même bien en forme. Et c’est ce qui m’a valu un petit peu d’être invité parce que, du coup, cette année-là, en début de saison 2024, j’ai un peu battu tous les gars de ma catégorie sauf Alexis, qui est resté invaincu et qui est toujours invaincu à l’heure actuelle. Et qui, eux-mêmes, un mois après les JO,

Ermanno : fait un truc stratosphérique. Donc, on ne va pas lui enlever ça, quand même.

Grégoire BERTHON : Oui, en plus, c’est clair. Au moment des Jeux, ce n’est pas qu’il a mis tout le monde d’accord. C’est qu’il a il nous a mis ce qu’il a vu qu’il ne nous avait jamais mis encore. Donc, voilà. Moi, j’étais très en forme au début de saison. Je pense que je l’ai payé après, à la fin de saison. Parce que tous ceux que j’avais battus au mois de juin, quand eux étaient déjà qualifiés et que moi, il fallait que je me qualifie, ils m’ont rebattu après aux Jeux et aux Championnats du Monde.

Ermanno : Oui.

Grégoire BERTHON : Ça, on a essayé de faire mieux en 2021 et j’ai le temps. Maintenant, en fait, je me dis que j’ai le temps. J’ai quatre ans, là, pour les prochains Jeux. À côté de mon année et demie de reprise, c’est un boulevard.

Ermanno : Oui, puis surtout que en paras, vous avez aussi cet avantage. Vous avez plus de longévité. Déjà, il y a peut-être un peu moins de densité. Mais surtout, ce n’est pas rare de voir des paras qui continuent à performer même au-delà de 40 ans. Là où, dans les sports valides, à 25 ans, tu as terminé.

Grégoire BERTHON : Déjà, il y a la densité qui est beaucoup plus faible. Ça, ça joue énormément. Alexis, s’il est encore là aujourd’hui, il a 39 ans. S’il est encore là, c’est juste parce qu’il n’est pas encore battu. Le jour où il se rabatte plusieurs fois, je pense qu’il va penser à sa fin de carrière. Mais là, maintenant, en tant qu’invaincu, il n’y pense pas. C’est clair. Sauf que chez les valides, où il y a des gars, toutes les 10 secondes, ils arrivent tous au sprint. Dès que tu as un petit moment de moins bien, tu te fais battre. Alexis, en fait, il y a tellement de marge que même s’il a un coup de moins bien, il arrivera quand même devant.

Ermanno : D’ailleurs, à l’occasion, si tu le croises, Alexis, dis-lui que moi, je suis Rouennais, donc je ne suis pas très loin de chez lui. Lui, il est né à Ifto. Il n’hésite pas à venir répondre à mes questions. Ça fait plusieurs fois que j’essaie de le teaser, mais je n’arrive pas à l’avoir. Entre normands, tu lui diras que…

Grégoire BERTHON : Je le vois lundi, donc il faut que j’y pense.

Ermanno : Ça marche. Je t’enverrai un petit message.

Grégoire BERTHON : Il y a ça pour y penser. Il y a aussi le fait que dans mon cas de figure, par exemple, j’ai recommencé de très loin à 33 ans. 32 exactement. À 32 balais, tu n’es pas encore fatigué. Là, moi, je ne me vois pas du tout arrêter parce que je viens de redémarrer. J’ai quand même 10 années de pause. Donc, c’est très bien.

Grégoire BERTHON : Alexis, c’est un peu pareil. Qu’un mec comme toi, un mec comme Pierre Lecoq, un mec comme Vincent Louis, c’est des gars, quand ils avaient 10 ans, ils étaient déjà à fond dedans. Quand ils avaient 15 ans, là, ils étaient aux championnats du monde. coup, eux, à 30 ans, ils ont déjà 15 ans de carrière. Forcément, à 30 ans, ils commencent à fatiguer. Heureusement. Il y a une densité qui est tellement importante. C’est pour ça que les gâchés, les valides, ils durent moins longtemps aussi. Après, en entraînant, on a l’avantage d’avoir des longues distances. D’ailleurs, ils partent tous souvent en longue distance. Mais là, chez les valides, non. Il y a une densité qui est tellement plus importante que oui, c’est dur de tenir aussi longtemps que chez les valides. Et puis là, je ne dis rien, quand tu arrives à 40 ans, tu n’as plus la même explosivité. Donc, chez les paras, vu qu’il y a moins de densité, ça passe. Mais chez les valides, non, ça ne passe pas.

Ermanno : Pour revenir à toi, après ton accident, est-ce que tu t’es concentré à 100 % sur le triathlon, au-delà de ta récupération, etc. Mais d’un point de vue sportif, et professionnel, 100 % au tri, ou tu as repris ton magasin ?

Grégoire BERTHON : Eh bien, j’ai gagné mon magasin, je l’ai fermé il y a 10 jours.

Ermanno : D’accord. Après,

Grégoire BERTHON : j’ai eu la chance d’être en arrêt de travail. Et quand tu es en arrêt de travail, quand tu es handicapé, j’ai dû faire 3 années d’arrêt de travail. Pour ensuite, 3 années, c’est maintenant. Donc, je vais bientôt être vu par la sécu, je pense, pour être consolidé. Et après, ils vont me dire si tu as le droit d’avoir une rente d’invalidité ou pas. Donc, en fait, j’ai pu faire la préparation des jeux sereinement, parce que j’avais un handicap neurologique, où j’ai pu m’entraîner tous les jours sans penser à mon salaire. Donc, j’ai sauté sur l’occasion pour me dire, voilà, c’est bon. C’est le moment, quoi.

Ermanno : Et là, justement, maintenant que tu as fermé le magasin, que ton statut va changer, comment tu vois ta prépa pour LA 2028 ?

Grégoire BERTHON : Eh bien, du coup, j’ai la chance de signer un CIP. J’ai commencé lundi.

Ermanno : Donc, CIP, convention d’insertion professionnelle, qui est ce fameux contrat que signent les sportifs de haut niveau avec des entreprises publiques ou semi-publiques.

Grégoire BERTHON : C’est ça. Là, grosso modo, c’est une entreprise privée, j’ai un détachement de 80%.

Ermanno : D’accord.

Grégoire BERTHON : Donc, je vais travailler 10 heures par semaine et être détaché 15 semaines par an, à peu près.

Ermanno : Ok.

Grégoire BERTHON : Donc, ça me laisse le temps de partir en stage, partir en compétition à l’autre bout du monde, sans que ça prenne mes congés, mes 5 semaines de congés payés. Et puis, voilà, je passe d’un gars qui avait un magasin à un salarié d’une entreprise. Donc, là, autant dire que, au niveau de la pression, ce n’est pas du tout la même chose.

Ermanno : Ouais. Maintenant, tu as un boss, alors qu’avant, ton boss, c’était tes clients.

Grégoire BERTHON : Exactement.

Ermanno : Mais, du coup, tu étais en arrêt de travail. Donc, ça veut dire que ton magasin, toi, tu ne le faisais plus tourner. Tu avais peut-être des salariés professionnels.

Grégoire BERTHON : J’avais deux employés, à la base, qui étaient là au moment de mon accident, dont un qui est resté quasiment un peu plus d’un an, et l’autre qui est resté quasiment jusqu’à la fin.

Ermanno : Ok. Donc, tu avais quand même toujours ton activité qui continuait de tourner, même si toi…

Grégoire BERTHON : Mon activité continuait, mais après, ça restait un petit magasin, et le fait d’avoir le gérant qui n’est plus là, le magasin a complètement chuté.

Ermanno : J’imagine.

Grégoire BERTHON : À la fin, je l’ai terminé parce que je ne voulais plus m’en occuper, mais aussi parce qu’il n’y avait plus de chiffres. Donc, il fallait trouver quelque chose. C’était bien qu’il y ait mon bail qui s’arrêtait fin février. Du coup, j’ai sauté sur l’occasion pour dire, non, on arrête

Ermanno : l’activité. Ok. Et donc, du coup, là, tu vas pouvoir te consacrer à 80% minimum à ta préparation pour aller. C’est quoi tes prochains objectifs ? Parce que maintenant, tu re-rentres dans le cycle de préparation, sélection, qualification, et puis après, voyage.

Grégoire BERTHON : Déjà, c’est une année 2025 plus

Grégoire BERTHON : régulière que l’année 2024. J’étais plutôt bon en début de saison, moins bon en fin de saison. Là, je pars en stage. Donc, j’essaie de mieux lisser, être plus régulier sur mes entraînements. L’année dernière, je pense que j’en avais trop fait sur les six premiers mois de l’année. Donc, là, je pars en stage à Mallorque lundi. C’est là où je verrai toute l’équipe. Après, j’ai des sélections pour les championnats d’Europe à Montélimar, justement, en avril, fin avril. Donc, on va retourner à ce triathlon qui m’a vu, qui a vu mes premiers pas en tant que para-triathlète. Après, je fais la Coupe du Monde à Yokohama au Japon en mai. Au mois de juin, il est censé y avoir le championnat d’Europe à Besançon si j’arrive à me qualifier. Sinon, il y aura une Coupe du Monde en Italie. Au mois de juillet, il y a une Coupe du Monde à Montréal qui est prévue aussi. Et après, on va préparer la fin de saison au mois d’août pour espérer se qualifier au championnat du monde en Australie. Donc, la saison s’annonce riche encore. Et puis, voilà, c’est des sous-objectifs qui vont permettre de prendre l’expérience et prendre la confiance pour Los Angeles.

Ermanno : Et si on s’arrête un peu sur le volet justement financier, tous ces déplacements, parce qu’on l’aura bien compris, tu fais au moins un déplacement international par mois, tous ces déplacements, comment tu les finances ? C’est la FED qui t’accompagne là-dessus, qui t’aide ? Tu fais partie de l’équipe de France ?

Grégoire BERTHON : L’année dernière, la Fédération m’a aidé à hauteur de 500 euros sur l’année.

Ermanno : Ça paye au moins ton déplacement jusqu’à Montélimar ?

Grégoire BERTHON : Ça paye le vélo en sous jusqu’à Montréal. Voilà. Je n’aime pas débattre là-dessus. Cette année, comme j’ai changé un petit peu de statut, la Coupe du Monde à Yokohama est prise en charge. Et j’avais une aide pour la Coupe du Monde de Montréal. Donc, c’est des aides qui ne sont pas négligeables du tout. La Coupe du Monde à Yokohama, j’étais renseigné l’année dernière, pour la faire, c’est la Coupe du Monde à mes frais. Le billet d’avion, c’était déjà 3 000 euros. Et l’hôtel, on pouvait rajouter 1 000 euros. Enfin, voilà. C’est un déplacement à 4-5 000 euros pour une semaine. Donc là, elle est prise en charge cette année. C’est une énorme aide. Ça fait beaucoup que le Japon, je ne suis jamais allé. Donc, j’espère découvrir des choses. Apparemment, Yokohama, c’est à une heure du mont Fuji. Donc, j’espère que je le verrai au moins. Je pourrais sans doute pas y aller, mais je pourrais le voir.

Ermanno : Tu n’y vas pas pour faire du tourisme. Tu y vas surtout pour faire

Grégoire BERTHON : la compétition. Ah non, non, non. C’est ça. Ce que les gens ont du mal à voir, c’est que quand on va sur les courses, juste côté par la course, du moment où on a les œillères sur la course, on ne voit pas ce qui se passe à côté. Après, souvent, quand on a le vol le surlendemain, on attend d’aller voir les petits trucs. Le soir de la course, on va pouvoir aller manger un petit resto, boire un coup. On va pouvoir voir un petit peu le paysage. Et souvent, on a le vol le soir ou le lendemain matin très tôt. Du coup, on ne voit rien du tout. Et en plus,

Ermanno : il faut gérer le jetlag quand tu es sur des pays

Grégoire BERTHON : bâtards. Ah oui, c’est clair.

Ermanno : Écoute, on avait fixé un timing

Ermanno : maximum. Je sais que tu as un prochain rendez-vous à 18h, donc je ne veux pas prendre trop de temps pour… Enfin, je ne veux pas te prendre trop de temps… Je ne veux pas prendre trop de temps dans ton agenda. J’ai encore deux questions. La première, le podcast s’appelle Devenir Triathlète. Toi qui as été triathlète valide pendant Triathlète Para, quel est ton meilleur conseil pour devenir triathlète ?

Grégoire BERTHON : Mettez-vous à nager. Souvent, quand on est triathlète, mais ancien nageur, c’est beaucoup plus facile parce qu’on a cette appréhension de l’eau, une épreuve de natation qui est pas très… qui est nettement réduite quand on sait nager. Parce que faire même un S à 750 mètres de natation dans une rivière, dans un lac, ce n’est pas donné à tout le monde. Faire 20 kilomètres de vélo, c’est beaucoup plus abordable. Faire 5 kilomètres de course à pied aussi. Mais nager 750 mètres, c’est déjà plus compliqué. Donc déjà, soyez à l’aise avec la natation pour vous y mettre. Et après, il faut être assez régulier dans l’entraînement. Ça n’a rien à faire de s’entraîner 20 heures par semaine pour faire un sprint. Mais voilà, si vous êtes sportif, allez-y. Allez-y à fond, appuyez. Il ne faut pas oublier quand même qu’en triathlète, il y a la combinaison en néoprène. Et ça, mine de rien, ça aide beaucoup. Surtout les débutants qui ont nagé au circuit de clôté, on a moins cette appréhension d’avoir les algues qui nous caressent les pieds. Donc c’est cool.

Ermanno : Nager, nager, ok.

Grégoire BERTHON : Ouais, ouais, nager, oui. S’entraîner, mais nager.

Ermanno : Et puis, dernière question, où est-ce qu’on te suit, qu’on t’encourage, qu’on te contacte, si on veut faire sur les réseaux sociaux ?

Grégoire BERTHON : Eh bien, sur ma page Instagram ou sur Facebook, c’est Grégoire Berthon. Berthon avec un H.

Ermanno : Super. De toute façon, je remettrai tout ça dans les notes de l’épisode. Merci beaucoup Grégoire. Bonne continuation, bon stage à partir de lundi. Et puis, dès samedi, il y a l’épisode avec Guillaume Jannin qui sort. Comme ça, tu pourras l’écouter et partager avec les copains de l’équipe de France.

Grégoire BERTHON : Ça marche. Super.

Ermanno : Merci beaucoup Hermano. Merci beaucoup Grégoire.

Grégoire BERTHON : A plus. Ciao.

PS : nous sommes maintenant sur Strava ! https://www.strava.com/clubs/DTxOT !

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